Plantes et champignons : Attention toxicité

Plantes et champignons : Attention toxicité
L’idée préconçue selon laquelle « naturel » rime avec « sans danger » est erronée. Des champignons sont effectivement mortels tout comme certains végétaux si ils ne sont pas utilisés à bon escient. L’intoxication par l’ingestion de champignons fait des morts tous les ans et s’avère être en hausse cette année. Il faudra être vigilant et de se tourner vers des professionnels afin de savoir cueillir les bons végétaux et champignons. Il est important de savoir les différencier, de les nettoyer et de les cuisiner pour que cette communion avec la nature ne laisse pas la place à un véritable drame.

Les plantes

Toutes les plantes ne sont pas inoffensives, elles peuvent entraîner des conséquences dramatiques. Bien sûr, il ne faut pas en faire une généralité et se renseigner dans un premier temps pour savoir quelles sont celles bénéfiques et comestibles.

Les plantes comestibles

De nombreuses plantes communes telles que la pâquerette, la marguerite, le trèfle, la bourrache, la capucine, la consoude facilement identifiables offrent énormément de bienfaits sur la santé et l’alimentation. La phytothérapie peut soulager certains maux ou améliorer la qualité de vie.
L’ortie est 5 fois et le pissenlit 4 fois plus riche en calcium que le lait.


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Les plantes mortelles

Il faut être extrêmement vigilant lors de cueillettes de plantes et de fleurs, car elles ne sont pas toutes inoffensives. Les plantes de l’espèce Aconitum napellus sont réputées les plus toxiques du monde. Parmi ces espèces, on y trouve le tue-loups, l’arsenic végétal ou encore la reine des poisons, dont les noms ont une réelle connotation létale. Il suffit d’ingérer un morceau de ces plantes (surtout les racines) ou d’un simple contact chez l’enfant pour entraîner une défaillance cardiaque. Cela est dû à la présence d’un puissant neurotoxique, l’aconitine.

Le laurier-rose est parfois utilisé en guise de mort au rat. L’ingestion d’une simple feuille entraîne des troubles cardiaques pouvant amener à un décès causé par des substances cardiotoniques. Cette plante est très dangereuse, d’autant qu’elle peut facilement être confondue avec le laurier sauce destiné à la cuisine et aux plats mijotés…

Le muguet est une des plantes les plus toxiques qui poussent en France. Elle provoque des nausées, des céphalées, des diarrhées suivies de troubles cardiaques pouvant conduire à la mort.

Le ricin cache également un poison mortel : la ricine dont la dangerosité est augmentée par sa saveur de noisette. La ricine est 6000 fois plus toxique que le cyanure et 12 000 fois plus que le venin du crotale. Ce poison fut utilisé dans les années 1970 par les services secrets soviétiques, qui ont inventé une méthode pour faire pénétrer du poison dans le corps de la victime à l’aide d’un parapluie appelé « le parapluie bulgare » ou encore « la piqûre de parapluie ». Il fut également utilisé en méthode de suicide.

La cigüe était « la boisson » servie aux condamnés à mort dans la Grèce antique. Elle faisait partie de la base du poison officiel des Athéniens ayant causé la mort entre autres du célèbre philosophe Socrate. La grande cigüe provoque des maux de tête, des vertiges, des paralysies et des convulsions. Cette plante s’apparente beaucoup aux feuilles de la carotte, mais fort heureusement, dégage une odeur désagréable d’urine de souris, ce qui devrait rebuter toute personne à la goûter.

Le lierre est également allergisant et particulièrement toxique. Ses baies peuvent entraîner des vomissements et des diarrhées provoquant de graves hallucinations, des convulsions et la mort par asphyxie.

Le colchique contient un alcaloïde fortement actif, la colchicine qui provoque des brûlures buccales et des vomissements et une hypothermie sévère entraînant la mort.

Le gui qui porte chance à la nouvelle année est une plante parasite provoquant des douleurs abdominales et des vomissements. Les baies et les graines sont responsables d’hypotensions, des paralysies et d’arrêts cardiaques et d’asphyxie.

La belladone au goût sucré ressemble à d’autres baies comestibles. Elle était employée au Moyen-Âge dans des rituels de magie noire.
Les organes de cette plante aux baies noires contiennent de l’atropine causant une paralysie respiratoire et la mort.

Enfin, le chèvrefeuille des haies est toxique et ses petits fruits rouges sont susceptibles d’attirer les enfants, engendrant des vomissements, des douleurs abdominales, des convulsions, une détresse respiratoire puis le décès.

Les champignons

Les champignons s’avèrent être un vrai régal. Ils offrent une réelle saveur aux plats, aux potages et aux poêlées forestières. Il faut cependant être extrêmement vigilant, savoir différencier les espèces comestibles des espèces vénéneuses et mortellement toxiques. Il faut savoir que sur une totalité de 2000 champignons seuls 200 champignons sont toxiques dont 40 sont mortels. Les ressemblances entre les champignons comestibles et vénéneux sont souvent les premières causes d’intoxication.

Les champignons comestibles

Il est nécessaire de connaître les champignons et de les faire vérifier auprès d’un professionnel ou d’un pharmacien. Parmi ces nombreux champignons, vous pourrez vous régaler avec l’agaric auguste, l’amanite solitaire, la truffe, la morille, le bolet bronzé ou commun, la boule de neige, le champignon de Paris, la grande coulemelle, la girolle, la rosée des prés, les cèpes, la langue de chat, la pleurote ou la trompette de la mort.

Les champignons vénéneux et mortels

L’amanite tue-mouche, le célèbre champignon rouge à taches blanches, que l’on a pu voir dans divers dessins animés et même chez les schtroumpfs ou autres personnages mythiques tels que les fées est extrêmement dangereuse. Ce grand champignon possède un pied assez long et des lamelles blanches sous le chapeau. Il existe 8 espèces mortelles pour l’être humain et d’autres causent de violents maux de ventre, des problèmes cardiaques et de fortes hallucinations.

Le calice de la mort ou amanite phalloïde est le plus dangereux de tous les champignons. Près de 95% des intoxications mortelles sont liées à ce champignon. Il ressemble à un petit œuf blanc trônant sur une petite coupe cotonneuse appelée volve caractéristique de toutes les amanites. Il suffit d’en manger un tout petit morceau pour être empoisonné, détruisant les reins et le foie de manière irréversible. Il faut savoir qu’aucun traitement n’est vraiment efficace.

Le gyromitre s’avère très toxique, voire mortel, lorsqu’il est consommé sans avoir été bouilli et séché.
L’entolome livide est très toxique causant de forts troubles digestifs. La guérison survient après quelques jours de soins à l’hôpital, mais peut également s’avérer fatal.

La pleurote de l’olivier est également très toxique et peut être confondue avec la girolle qui est un champignon comestible et délicieux.

Les symptômes et conséquences

Les premiers symptômes surviennent entre 8 et 12 heures après la consommation de champignons toxiques. Après l’ingestion, des symptômes se manifestent tels que des vomissements, des nausées, des diarrhées, des vertiges et des troubles de la vue.

Le syndrome Résinoïde est le plus répandu en France. Les signes annonciateurs sont alarmants comme de fortes douleurs, mais cette intoxication est bénigne et laisse de rares séquelles. Elle est due à l’ingestion du bolet de Satan, l’agaric jaunissant, la russule émétique, l’entolome livide, la pleurote de l’olivier, des champignons qui ressemblent à des espèces comestibles…

Le syndrome Phalloïdien est une combinaison de plusieurs poisons, les amatoxines et les phallotoxines. Les signes de l’intoxication sont tardifs et surviennent après digestion totale du plat. Le lavage gastrique ou les renvois sont inutiles. Les symptômes commencent par des vomissements et une forte diarrhée. La seconde phase se caractérise par une atteinte hépatique entraînant la mort sauf en cas de transplantation de foie. Les premiers signes étant longs à ressentir, il est compliqué de traiter rapidement. Il sera possible d’utiliser du charbon actif pour favoriser l’élimination des toxines, de la pénicilline, de la N-acétylcystéine et de la silibinine.

Le syndrome Muscarinien est dû à la muscarine présente dans l’amanite tue-mouche (Amanita muscaria) une toxine touchant le système nerveux, induisant une intoxication par hypotension, un ralentissement du cœur et une augmentation des sécrétions salivaires et sudoripares. Ces signes se manifestent 30 minutes à 2 heures après l’ingestion. Un antidote existe, l’atropine.

Le syndrome Panthérinien provient de l’amanite panthère, l’amanite tue-mouche, et l’amanite jonquille. Il est dû à des toxines provoquant des symptômes opposés au syndrome Muscarinien, une augmentation cardiaque, une hypertension et une sécheresse des muqueuses. Son apparition rapide après l’ingestion permet de le traiter rapidement sans conséquences graves.

Le syndrome Orellanien est une intoxication par la toxine orellanine provenant du cortinaire couleur de rocou, le cortinaire spécieux et le cortinaire resplendissant. Il se caractérise par un temps d’incubation très long allant de 3 à plus de 15 jours, causant des nausées, de douleurs abdominales et lombaires. L’issue peut être fatale si une transplantation rénale n’est pas réalisée.

Le syndrome Coprinien est dû à l’ingestion de coprin noir d’encre qui se manifeste en cas de consommation simultanée allant jusqu’à 36 heures de délai avec de l’alcool. Cette association appelée effet antabuse se manifeste par une vasodilatation intense causant des rougeurs du visage et des bouffées de chaleurs, des suées, des maux de tête et une augmentation du rythme cardiaque.

La rhabdomyolyse est une destruction des muscles causée par le champignon bidaou appelé tricholome équestre qui est un champignon comestible. Le risque d’intoxication est dû uniquement à une consommation trop répétée ou en abondance comme 3 repas consécutifs. L’intoxication se manifeste par une fonte rapide du tissu musculaire et même une atteinte rénale aigüe. D’autres symptômes suivront tels que des nausées, des vomissements, des douleurs musculaires et une asthénie intense. Enfin, les muscles respiratoires et cardiaques seront atteints entraînant la mort.

Que faire en cas d’intoxication ?

Un malaise général accompagné de sueurs, de vertiges, de vomissements ainsi que de violentes coliques et diarrhées doivent indiquer une possible intoxication. La déshydratation du malade est très rapide.
  • Lorsque vous soupçonnez une susceptible intoxication, il faut immédiatement appeler le centre antipoison dès les premiers symptômes et de contacter les pompiers (18) ou le SAMU (le 15).
  • Il faudra suivre les instructions données par le médecin régulateur.
  • Demander à la victime l’heure du dernier repas de champignons et l’allonger sur le côté, le couvrir et le rassurer.
  • Il ne faudra en aucun cas lui donner à boire que ce soit de l’eau ou du lait et veiller à ce qu’il n’avale rien sauf en cas d’instructions précises du médecin.
  • Il est également conseillé de récupérer les restes du repas ou faute de reste, prélever un peu des matières vomies afin d’aider à l’identification du champignon et faciliter le traitement antipoison adapté.

Les règles de la cueillette

Nous vous conseillons de vous renseigner sur les zones autorisées à la cueillette, car, la nature n’est pas exempte de lois ni de propriétés. La cueillette de champignons est très réglementée et il faut avoir le droit de ramasser ces végétaux dans le périmètre où ils se trouvent. La loi stipule qu'il faut s’informer sur la législation locale en fonction d'une forêt domaniale ou d'une forêt des collectivités territoriales. Certains départements limitent la cueillette selon des arrêtés préfectoraux ou municipaux. Enfin, il peut également y avoir des interdictions totales pour des raisons de santé publique.

La forêt publique est la terre promise des cueillettes, cependant, il est convenu de venir s’approvisionner modérément. Le code forestier autorise un volume n’excédant pas 5 litres de champignons par famille et par jour maximum. Au-delà de ce volume, une contravention de 750 € sera dressée entre 5 et 10 litres et une cueillette supérieure à 10 litres est caractérisée de délit, d’une amende pouvant aller jusqu’ à 45 000€ suivi de 3 ans d’emprisonnement.

Pour bien ramasser des champignons, il faut tout d’abord trouver les bonnes zones. Il est important de se renseigner auprès d’un professionnel afin de connaître les meilleurs lieux pour la cueillette. Vous pourrez également vous informer sur les variétés présentes dans votre région. Il faudra choisir le lieu de cueillette et veiller à ce qu’aucun produit de traitement n’ait été aspergé. Il est conseillé de s’éloigner des routes et des points d’eau, car il ne faut pas oublier que les champignons sont de véritables éponges à métaux lourds

Il ne faut pas cueillir de champignons trop mûrs, car ils pourrissent rapidement, mieux vaut choisir ceux plus fermes et utiliser un couteau pour les ramasser. Nous vous conseillons de le prélever en entier en le coupant à la base du pied proprement pour mieux les identifier et les préserver du mycélium, c’est-à-dire la partie végétative des champignons contenant certaines bactéries filamenteuses comme les actinomycètes qui se trouve à la base du champignon ou sous la terre.

Enfin, choisissez de vous munir d’un panier en osier qui laisse les champignons respirer et s’oxygéner. Évitez également de mélanger les diverses espèces de champignons dans le but d’éviter toute contamination de parasites, de toxines et de bactéries. Le sac en plastique n’est pas conseillé, car les champignons risquent de pourrir et de favoriser une toxicité. Lorsque votre cueillette est terminée, il est indispensable de les faire expertiser auprès d’un professionnel en mycologie ou par un pharmacien.

Les parasites lors de la cueillette

Il faut avoir conscience que lors de la cueillette de plantes en forêt, il est possible que des parasites naturels soient présents sur les végétaux
que vous cueillez. C’est pourquoi il faut être vigilant et procéder à un nettoyage avant toute ingestion.

L’Echinococcose

L’Echinococcose est transmise par l’échinocoque, une espèce de tænia provenant des excréments du renard, du chien ou du chat qui souillent les plantes et les champignons. Ces vers plats sont présents dans toute la moitié nord de la France et dans les pays d’Europe centrale et de l’Est. Il est donc conseillé de cueillir des fruits sauvages et des plantes 50 centimètres au-dessus du sol dans des zones qui semblent être les moins empruntées.

Chez l’humain, cette forme larvaire gagne les organes internes, y formant des kystes qui vont comprimer et détruire les tissus entraînant de graves conséquences. Ces larves vont se développer surtout dans le foie et les poumons, mais peuvent également atteindre les yeux et le cerveau. Il s’agit alors de l’hydatidose.

Les signes varient en fonction des organes atteints et se manifestent plusieurs années après l’ingestion des œufs du parasite. Les symptômes se traduisent par de la fièvre, une douleur abdominale, des troubles de la digestion et peuvent engendrer une jaunisse. Cette parasitose détruit progressivement le foie entraînant le décès du sujet atteint. Il faudra prendre un traitement antiparasitaire et en fonction de l’étendue de la pathologie, procéder au retrait des kystes de manière chirurgicale lorsque cela est possible. Il faut savoir que les médicaments antiparasitaires empêchent le développement du parasite, mais ne les tuent pas, c’est pour cela qu’il faudra prendre ce traitement à vie.

La douve du foie

La douve du foie est un parasite qui se transmet par les excréments des ruminants, vaches, chèvres, moutons ou chevaux. Ce parasite se nourrit des cellules et du sang présents dans le foie. On évitera de cueillir des végétaux et des fruits sauvages proches d’une zone de pâturage et des ruisseaux.

Les symptômes se manifestent également par de fortes fièvres et un gros foie douloureux, des vomissements, de l’urticaire, une hyperéosinophilie et une sensation de malaise accompagnée d’une perte significative de poids. La distomatose humaine appelée également fasciolase est contractée en mangeant du cresson contaminé par les ruminants.
Les douves immatures migrent à travers la paroi intestinale, la cavité péritonéale, la capsule et le parenchyme hépatique avant de pénétrer les canaux biliaires pour y maturer en 3 à 4 mois. Il faudra suivre un traitement antiparasitaire.

La leptospirose

La leptospirose est provoquée par une bactérie provenant des urines de rongeurs. Cette bactérie vit dans des eaux stagnantes, des mares et des cours d’eau. Les symptômes commencent à partir du 4ème jour voire 2 semaines après la contamination se manifestant par une forte fièvre et des douleurs. Cette infection sera traitée par des antibiotiques.

La toxoplasmose et la toxocarose

La toxoplasmose est une infection parasitaire dont l’agent est le protozoaire Toxoplasma gondii. Ce parasite est transmis par les chats contaminant l’humain par leur urine sur les légumes, les fruits du jardin. La toxocarose quant à elle est transmise par les chiens et les renards.
Afin d’éviter toute contamination, il sera fortement conseillé de cuire les végétaux et les plantes au moins 5 minutes à 70°C afin de neutraliser tous ces parasites et bactéries. La congélation n’aura aucun effet sur eux.

Certaines techniques de nettoyage permettent l’ingestion de plantes sauvages et de champignons crus. Il faudra tout d’abord procéder au rinçage sous le jet du robinet pendant plusieurs minutes puis de les faire tremper. L’eau vinaigrée soit une part de vinaigre pour neuf parts d’eau, ou l’utilisation d’un flacon d’alcool à 90° additionné de 10 gouttes d’huile essentielle d’origan (Origanum compactum). Il faudra 1 cuillère à café du mélange par litre d’eau et laisser tremper jusqu’ à maximum 5 minutes afin d’éviter de perdre trop de vitamines. Il faudra enfin, procéder au rinçage après trempage.


La nature est à l’ordre du jour avec cette nécessité au retour aux sources pour de nombreuses personnes sensibles à l’écologique et « au manger sain ». Il ne faut pas confondre nature et bio. L’idée de manger des aliments naturels et sains nécessite des recherches et des informations vitales afin d’éviter tout risque d’intoxication entraînant la mort. Des spécialistes peuvent vous aider à savoir reconnaître les plantes et les champignons comestibles. Ainsi, vous pourrez opter pour de succulents repas et des décoctions sans risquer de vous tromper !