Maladie de Crohn : symptômes, traitements et conseils

Maladie de Crohn : symptômes, traitements et conseils
La maladie de Crohn est une MICI, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. Elle est à l’origine d’une diarrhée et de douleurs au niveau de l’abdomen. Cette maladie voit des périodes de rémission alterner avec des poussées qui peuvent avoir un fort impact sur la vie du patient.
La prise de médicaments permet d’agir sur l’inflammation, la diarrhée ou pour éviter les poussées, mais ils ne soignent pas la maladie de Crohn. En dernier recours, dans certains cas, la chirurgie ou la pose d’une stomie seront nécessaires.
Apprendre à vivre avec la maladie de Crohn est donc indispensable pour les patients. Comment y parvenir ? Et quelles sont les causes de la maladie de Crohn ? La réponse à vos questions par les pharmaciens de Pharma GDD.

Qu'est-ce que la maladie de Crohn ? 

Elle tient son nom, Crohn, du médecin qui l’a décrite : le gastro-entérologue Burrill Bernard Crohn, en 1932. Elle est surtout présente dans les pays occidentaux (Europe, Canada, Etats-Unis). En France, elle concerne une personne sur 1000. C’est une maladie rare. Elle fait partie, avec la rectocolite hémorragique, des MICI.
Elle se manifeste à tous les âges, mais c’est chez les personnes de 20 à 30 ans qu’elle est le plus souvent diagnostiquée.

Maladie de Crohn : causes

Les causes de la maladie sont encore inconnues. Les chercheurs sont parvenus à identifier des influences génétiques, mais aussi environnementales. Ainsi, on soupçonne les métaux lourds ou encore la pollution atmosphérique. Autre facteur de risque : le fait de fumer.

Ces éléments conduiraient, selon une des hypothèses avancées pour tenter d’expliquer la maladie de Crohn, à une altération de la flore intestinale, c’est-à-dire ces colonies de micro-organismes - le fameux microbiote - que le corps héberge et qui lui sont en temps normal utiles. En effet, 40 % des personnes atteintes de la maladie de Crohn ont des bactéries de type E. Coli particulières. Ce sont des colonisations bactériennes inhabituelles qui expliqueraient la trop forte réaction du système immunitaire (les défenses de l’organisme) que l’on observe lors de la maladie de Crohn.

Quels sont ses symptômes ?

Ils sont très variables selon les personnes. Chez les uns, ces symptômes seront légers, chez d’autres, en revanche, ils seront particulièrement intenses, impactant considérablement la vie du patient. La maladie de Crohn est caractérisée par des périodes de poussées inflammatoires d’une durée allant jusqu’à plusieurs semaines, alternant avec des périodes de rémission sans symptômes, pouvant s’étaler sur plusieurs mois. Environ un patient sur dix subira la maladie en permanence, sans période de rémission.
Pendant les poussées, les principaux symptômes de Crohn sont :
  • la diarrhée avec parfois du sang dans les selles,
  • de vives douleurs abdominales,
  • des nausées et des vomissements,
  • de la fièvre,
  • de la fatigue,
  • un amaigrissement.
Lorsque la maladie de Crohn concerne un enfant, les symptômes touchant le système digestif (diarrhée, nausées, crampes abdominales…) seront moins présents. Il souffrira surtout d’anémie et de fièvre.

Comment évolue la maladie ?

D’autres symptômes, touchant des parties variées du corps, peuvent apparaître à mesure que la maladie de Crohn progresse : des fistules intestinales (des connexions anormales entre organes), des fissures anales, des abcès, une respiration courte provoquée par une anémie, une dénutrition, des douleurs aux articulations, une inflammation de la peau, des calculs biliaires, de l’ostéoporose, des aphtes ainsi que des ulcères pouvant survenir à n’importe quel endroit du système digestif.
La partie de l’intestin concernée par la maladie risque de se rétrécir. Il peut se former un blocage nommé occlusion intestinale, une situation qui doit être traitée à l’hôpital en urgence. Si c’est le côlon qui est touché, le risque de développer un cancer colique est augmenté.

Chez l’enfant, il aura des problèmes de croissance et sa puberté surviendra avec du retard.

Quel est le traitement de la maladie de Crohn ?

Même s’il n’y a actuellement pas de moyens de guérir définitivement la maladie de Crohn, il existe des traitements visant à diminuer le nombre de poussées et, lorsqu’elles surviennent, leur impact sur la vie du patient.

Crohn : le diagnostic

Il repose sur l’interrogatoire et l’examen, notamment proctologique, du patient. Pour aider le médecin, il est utile d’avoir noté ses symptômes et leur évolution sur plusieurs jours sur un carnet pour une plus grande précision.

Pour confirmer son diagnostic, le médecin demandera des analyses biologiques et une endoscopie oeso-gastro-intestinale.

Cet examen consiste à visualiser les cavités internes du corps humain à l’aide d’un endoscope ou d’un fibroscope, un matériel médical équipé d’un tube très fin. Il est effectué de façon à être indolore. Certaines endoscopies se feront à l’aide d’une vidéocapsule, une sorte de grosse gélule comportant un appareil photographique miniaturisé, à avaler et qui transitera comme le fait la nourriture, de la bouche aux fèces tout en fournissant au médecin des images de l’intérieur du système digestif.

Les examens biologiques couramment demandés sont une analyse sanguine et parfois une analyse des selles.

Les autres examens dont le médecin sont principalement de l’imagerie médicale : échographie, scanner ou entéro-IRM, radiographie barytée de l’intestin grêle. Ils seront généralement à réaliser à jeun. Le patient devra avaler un produit de contraste qui permettra au radiologue de visualiser certaines parties de son système digestif. Ce sont des examens non douloureux.

Ces analyses et investigations sont nécessaires pour que le médecin puisse attribuer les troubles à la maladie de Crohn avec certitude. En effet, plusieurs autres pathologies peuvent être confondues avec cette MICI : la yersiniose (une infection bactérienne), la tuberculose intestinale, la maladie de Behçet…

Les médicaments

Il existe quatre grandes classes de médicaments utilisés dans la maladie de Crohn, soit lors des poussées, pour atténuer les symptômes lors d’une crise, soit sur le long terme, en traitement de fond pour prévenir les rechutes, soit dans les deux cas. Les soignants disposent donc d’un arsenal thérapeutique dans lequel puiser pour adapter au mieux le traitement à la situation du patient.

Les dérivés salicylés intestinaux

Ce sont principalement les médicaments à la sulfasalazine ou à la mésalazine. Il s’agit d’anti inflammatoires en comprimés, granulés ou suppositoires, prescrits en prévention des rechutes ou en traitement des poussées d’intensité faible à modérée. Le traitement de la maladie de Crohn à l’aide de ces médicaments exige généralement plusieurs prises de comprimés étalées dans la journée.

Les corticoïdes

Ces anti inflammatoires s’utilisent lors des poussées de forte intensité. Ils s’administrent par voie orale et contiennent du budésonide, de la prednisone ou de la prednisolone. Il existe également des formes injectables pour les poussées très intenses, ainsi que des solutions sous forme de mousse ou de lavement pour les poussées survenant au niveau du rectum ou du côlon.
Lors d’une poussée, les corticoïdes sont à prendre le matin, parfois également le soir, et aboutissent à la rémission dans la plupart des cas en quelques semaines.
En parallèle, le patient sous corticoïdes doit prendre du calcium et de la vitamine D.
30 % des patients développent une résistance aux corticoïdes.

Les immunosuppresseurs

Ils sont surtout prescrits en traitement de fond de la maladie de Crohn, sur le long terme, pour maintenir le patient en état de rémission. Il faut attendre plusieurs mois avant qu’ils fassent effet. Il s’agit principalement de l’azathioprine, de la mercaptopurine et du méthotrexate. Ils agissent sur le système immunitaire pour apaiser l’inflammation. Ils ont pour principaux effets secondaires des nausées et des vomissements.
Dans certaines situations, en cas de fistules, le médecin prescrit de la ciclosporine ou du tacrolimus.

Les biothérapies

Ils se reconnaissent à leur nom finissant par -mab (adalimumab, infliximab, certolizumab, védolizumab…). Ils agissent aussi sur le système immunitaire. Ils sont généralement administrés par injections sous la peau ou par perfusion. Ce sont des traitements de long terme.
Les traitements agissant sur le système immunitaire ont parfois pour effet indésirable de rendre le corps plus sensible aux infections ; il faudra donc que le patient consulte rapidement un médecin en cas de fièvre.

À côté de ces 4 classes, d’autres médicaments peuvent être utilisés pour atténuer les principaux symptômes lors des poussées de la maladie de Crohn.
  • Contre la douleur et la fièvre, le patient peut prendre du paracetamol. Il doit éviter l’ibuprofène ou l’aspirine, qui pourraient aggraver les symptômes. Les antispasmodiques réduiront spécifiquement les crampes abdominales.
  • Les médicaments antidiarrhéiques rendront les épisodes de crise plus supportables en réduisant leur symptôme le plus gênant. Certains de ces médicaments risquent d’avoir un effet irritant sur les intestins ; il est préférable de consulter un médecin avant de les prendre. Tous les antidiarrhéiques n’ont pas le même mode de fonctionnement : ceux conseillés en cas de maladie de Crohn sont les anti-sécrétoires et les ralentisseurs de transit (lopéramide).
  • Contre les aphtes buccaux, il existe des solutions à appliquer directement dans la bouche pour aider à les éliminer.
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Enfin, la maladie de Crohn est à l’origine de carences qu’il faut impérativement corriger. Le patient devra prendre des médicaments apportant du fer et de la vitamine B12, parfois également du zinc, du magnésium ou de l’acide folique.

Des piluliers et boîtes à pilules aideront à mieux gérer le traitement. Il existe aussi des applications permettant un suivi optimal de la prise des médicaments.
En voyage, mieux vaut emporter les médicaments en cabine, au cas où le bagage de soute n’arriverait pas à destination.

Il est parfois difficile de s’alimenter pour le patient atteint de la maladie de Crohn. Pour prévenir la dénutrition qui pourrait avoir des conséquences graves, un enrichissement de la nourriture, voire la consommation d’aliments hypercaloriques, peut être envisagé.

Plusieurs traitements expérimentaux sont en cours de développement ou ont été essayés. Des médicaments de plus en plus perfectionnés sont étudiés. Parmi les autres techniques, ne faisant pas appel à des médicaments : la neurostimulation du nerf vague, impliqué dans l’inflammation intestinale, et la transplantation fécale, qui consiste à modifier la flore intestinale déséquilibrée.

La chirurgie

Si l’intestin est trop endommagé, qu’il faut drainer des abcès ou éliminer des fistules, la chirurgie sera nécessaire. Le chirurgien ne retire que la partie de l’intestin problématique. Le patient aura peut-être une stomie la plupart du temps transitoire.

Cet acte ne résout pas définitivement la maladie et les récidives reprennent, souvent au niveau de la zone opérée. Après la chirurgie, il est donc très important de bien suivre le traitement médicamenteux, pour prévenir la survenue des crises.

Vivre avec la maladie de Crohn

Comme la maladie ne se soigne pas et que la personne atteinte n’est pas à l’abri d’une poussée, il lui faut apprendre à composer avec son affection.

Maladie de Crohn : l’alimentation

Il est difficile de conseiller un régime alimentaire particulier qui soulagera à coup sûr les symptômes lors d’une crise. En effet, toutes les personnes n’ont pas la même partie du tube digestif touchée. Ce qui marchera sur une personne sera inefficace sur une autre. Il est même risqué de se lancer dans un régime trop restrictif qui pourrait mener à des carences et démoraliser le patient.

Ceci précisé, la diarrhée lors des crises est favorisée par la consommation de laitages et de fruits & légumes, que l’on peut donc diminuer lors des poussées, mais pas sur le long terme, pendant les périodes de rémission. Autres aliments à éviter pendant les crises : l’alcool, le café et les plats épicés.

Être préparé face à la maladie

Vivre avec Crohn demande un minimum de préparation, pour éviter les désagréments lors des poussées.
Les lingettes dites « pour bébé », adoucissantes, réduiront les irritations de la zone anale. Elles peuvent être emportées partout avec soi.
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Les désodorisants limiteront efficacement les odeurs.

Dans le train ou l’avion, privilégiez les places côté couloir. Au cinéma ou au théâtre, placez-vous en bout de rangée, à proximité des WC.

Le caractère chronique de la maladie de Crohn, les douleurs, l’inconfort et l’insécurité que génèrent ses symptômes, la crainte que suscite la survenue possible de poussées est une cause de stress et d’anxiété. Il existe des techniques et des produits adaptés pour les maîtriser. À cette fin, vous pouvez consulter notre fiche Comment gérer son stress ?.

Arrêter le tabac

Le fait de fumer accroît le risque d’avoir une maladie de Crohn, mais aussi la survenue des poussées et leurs complications. Il est donc fortement conseillé d’entreprendre des démarches d’arrêt du tabac. Il réduira la fréquence des poussées chez les patients.
Inutile de se lancer tête baissée pour finir découragé deux jours plus tard, ni, à l’inverse, de déclarer la tâche impossible. Le sevrage tabagique est réalisable, grâce à des aides adaptées (substituts nicotiniques, consultation d’un spécialiste).


Crohn est une maladie inflammatoire de l’intestin caractérisée par des douleurs au ventre, de la diarrhée parfois sanglante et de la fièvre. D’autres symptômes peuvent apparaître à mesure que la maladie évolue : anémie, douleurs aux articulations, fatigue, problèmes cutanés… Il n’existe pas de traitement permettant de guérir de cette affection, mais il est possible de réduire les symptômes, de limiter les poussées et de gérer la maladie.