Comment soulager une migraine ?

Comment soulager une migraine ?
La migraine est une forme particulière de maux de tête qui touche un grand nombre de personnes dont beaucoup s’ignorent. Ces céphalées particulièrement douloureuses récidivent sous forme de crise migraineuse. En France, cela concerne 6 millions de personnes dont 30% ignorent leur statut de migraineux. Les femmes sont beaucoup plus atteintes que les hommes (2/3 environ) et de surcroît les femmes jeunes : 25% d’entre elles ont entre 30 et 40 ans. La migraine concerne également 5 à 10 % des enfants. Pharma GDD fait le point avec vous sur la migraine, ses causes et les traitements possibles pour vous soulager.

Symptômes et types de migraines

La migraine est une céphalée (mal de tête) bien spécifique. Elle est pulsatile, unilatérale et d’intensité variable selon les patients. Elle peut également s’accompagner de manifestations digestives et neurologiques transitoires. On parle alors de migraine avec aura

La migraine sans aura

La migraine sans aura (80% des cas) est caractérisée par une douleur qui survient par crise et qui s’installe progressivement. Les crises durent de quelques heures à quelques jours sans traitement médicamenteux, en moyenne de 4 h à 3 jours.
Cette douleur est pulsatile, elle est décrite par les patients comme une « sensation de cœur qui bat dans la tête » ou encore de « coups de marteau répétés ». Certains parlent également de sensation de serrement, d’écrasement : « Docteur, j’ai la tête dans un étau ».
L’intensité de la douleur au cours de la crise de migraine est considérée comme allant de modérée à sévère. Elle est aggravée par les efforts physiques de la vie de tous les jours comme porter une charge lourde ou monter les escaliers.
La douleur est située d’un seul côté de la tête et est associée à des nausées et/ou des vomissements et une hypersensibilité au bruit et à la lumière.
La migraine survient de façon imprévisible, disparait même en l’absence de traitement et ne s’accompagne d’aucun symptôme entre les crises (périodes sans maux de tête).

Le diagnostic de la crise migraineuse est clinique et doit répondre à des critères bien définis : le patient a connu au moins 5 crises répondant à au moins 2 des symptômes décrits. Il n’existe pas de préconisation et surtout pas d’intérêt à réaliser un scanner ou une IRM pour diagnostiquer la crise migraineuse sauf en cas de survenue brutale des symptômes ou l’apparition de la crise chez un patient de plus de 50 ans et n’en ayant jamais fait auparavant. De même, l’électroencéphalogramme (EEG) n’apporte pas d’éléments diagnostiques supplémentaires, pas plus que les radios des sinus, du cou, un examen ophtalmologique ou une échographie de l’abdomen.

La migraine avec aura

La crise de migraine douloureuse est précédée (30 min à 1h avant) par un ensemble de symptômes neurologiques transitoires :

  • Des phénomènes visuels : des flashs lumineux appelés phosphènes qui perdurent même les yeux fermés, des taches (scotomes) noires ou au contraire lumineuses, des lignes brillantes, une perte partielle de la vision
  • Des troubles sensitifs : sensation de picotements (épingles) ou au contraire un engourdissement d’une partie du visage, du bras, de la main.
  • Des troubles phasiques : perte de la capacité à nommer les choses, vertiges, troubles de la marche
Ces phénomènes ou aura sont totalement réversibles et s’arrêtent dès que débute la douleur. S’ils ne sont pas graves, ils sont très invalidants pour les patients concernés et souvent source d’angoisses surtout lors des premières crises. Les symptômes de l’aura sont souvent ressentis du côté opposé à celui de la douleur.

Ces manifestations diffèrent d’un patient à l’autre mais sont toujours les mêmes chez un patient donné. Certains migraineux alternent les crises avec ou sans aura. Il existe également des crises sans douleur où seuls les symptômes de l’aura seront perçus et disparaitront sans laisser place à la céphalée.

Les migraines ophtalmiques font partie des migraines avec aura. En revanche, il ne faut pas confondre la cause et la conséquence : la migraine peut être précédée de troubles visuels en revanche des problèmes de vue ne déclenchent pas de crise migraineuse. Ils peuvent cependant être responsables de maux de tête, d’où la confusion fréquente.

La migraine cataméniale

Aussi appelée migraine menstruelle, elle concerne 50 % des migraines et survient dans la période qui entoure l’arrivée des règles : entre J-2 et J+3. Ces crises sont récurrentes et apparaissent typiquement à la puberté. Elles sont liées à la chute des oestrogènes à ce moment du cycle féminin.
Les femmes consultent peu pour ce type de migraine qu’elles considèrent, à tort, comme inéluctable. Elles sont cependant très invalidantes et ont des répercussions psychologiques, personnelles, familiales et professionnelles importantes.

La migraine hémiplégique familiale

C’est une maladie rare d’origine génétique : une personne atteinte à 50% de risque de transmettre le chromosome responsable de cette migraine particulière. Quatre gènes ont, jusqu’à présent, été identifiés dans cette pathologie qui se traduit par de fortes douleurs, une paralysie réversible d’un seul côté du corps et une aura qui peut durer plusieurs jours.

Causes et facteurs déclenchants d’une crise migraineuse

La douleur ressentie au cours de la migraine est un phénomène neuro-vasculaire. Elle est liée à une dilatation des vaisseaux cérébraux notamment les artères méningées en réponse à une stimulation nerveuse. Chez les migraineux, on observe une hyperexcitabilité des neurones sensoriels. Des ordres partent de l’hypothalamus vers le nerf trijumeau et conduisent à une dilatation et une inflammation des méninges. La vasodilatation va entrainer la libération de médiateurs chimiques qui entretiennent l’inflammation des méninges et sont à l’origine de la douleur.

L’hérédité

On observe depuis longtemps qu’il y a des familles de migraineux avec parfois un saut de générations : « ma mère n’a pas de migraines mais ma grand-mère, oui ».
Des recherches récentes ont identifié une mutation génétique sur une protéine génératrice de courant au niveau des neurones. Cette mutation entraine la formation de 2 types de ces protéines : l’une est inactive et l’autre stimule fortement l’activité électrique des neurones à l’origine de la migraine. La survenue des crises est donc bien liée à une prédisposition génétique.

La cause hormonale

Comme dans la migraine cataméniale, ce sont les variations hormonales du taux d’œstrogènes qui sont à l’origine de la crise migraineuse. Cela explique qu’elle touche beaucoup plus les femmes que les hommes. Les femmes migraineuses ne souffrent pas d’une anomalie hormonale mais c’est la fluctuation du taux d’œstrogène qui influence la survenue ou non des crises. Ainsi, certaines femmes souffrent de migraine chaque fois qu’elles ont leurs règles, en revanche la grossesse et surtout la ménopause sont généralement des périodes durant lesquelles les crises diminuent voire disparaissent.

Concernant la pilule, on observe la règle des 3 tiers c'est-à-dire qu’un tiers des patientes sont améliorées par la prise d’un contraceptif oral, 1/3 voit le nombre de crises augmenté et 1/3 ne note aucune influence de la contraception sur la fréquence de ces maux de tête.

Les facteurs psychologiques

Le stress est un facteur déclenchant des crises migraineuses tout comme les émotions fortes qu’elles soient tristes ou heureuses. Mais la crainte de la survenue de la migraine est en lui-même un facteur de stress : c’est donc un cercle vicieux.
De même l’anxiété et la dépression sont souvent associées à la migraine. Les patients sont plus susceptibles de développer ce type de symptômes surtout que l’anticipation de la survenue de la crise est source d’angoisse. Cependant, il convient d’évaluer objectivement les signes de dépression et d’orienter le malade, si besoin, vers un psychologue ou un psychiatre.

La migraine par abus médicamenteux

C’est un phénomène bien connu des médecins mais très peu des malades qui se soignent souvent par automédication. La consommation répétée dans le temps et de façon exagérée d’antalgiques (paracétamol, ibuprofène ou aspirine) conduit à un phénomène d’auto-entretien de la migraine. De plus, certains migraineux prennent des médicaments par peur d’avoir une crise douloureuse, c’est totalement inefficace et participe à une consommation excessive de médicaments contre la douleur.
Quand cette pratique a pu être identifiée par le médecin et le phénomène expliqué au malade, il faudra un véritable sevrage souvent en hospitalisant la personne migraineuse, pour sortir de cet engrenage.

Les facteurs déclenchants

Ils différent d’un patient à l’autre et ne sont pas toujours faciles à identifier. C’est pour cette raison que l’on demande aux personnes migraineuses de tenir un agenda de leur crise. On y note la date de survenue, la durée et l’intensité de la migraine, la présence ou non d’aura, le traitement pris et son efficacité, les facteurs déclenchants présumés (ce qu’a fait ou mangé le patient par exemple). Ce calendrier des crises permet au médecin de mieux évaluer l’efficacité du traitement proposé et d’aider le malade à reconnaître puis à éviter les facteurs déclenchants de ses migraines.

  • Les changements de rythme de vie : surmenage, excès ou manque de sommeil, week-end, changements alimentaires (jeûn ou repas copieux)
  • La consommation de certains aliments : café, alcool, chocolat, charcuterie, vin blanc (présence de sulfites) et produits riches en graisses.
  • Des facteurs sensoriels : le bruit, certaines odeurs (sensibilité à certains parfums), des lumières clignotantes (boîte de nuit)
  • La météo : la diminution de la pression atmosphérique annonciatrice de pluie a été répertoriée comme facteur déclenchant

Les traitements de la migraine

Il existe 2 façons de prendre en charge un patient migraineux : pour soulager sa douleur, c’est le traitement de crise et pour diminuer la fréquence et l’intensité des crises, c’est le traitement de fond.
Le traitement d’une migraine doit être pris dès le début des douleurs et ne pas attendre que la crise soit installée, car elle sera plus difficile à enrayer. Cependant, il ne faut pas le prendre trop précocement, car il n’a pas d’action dans la phase de l’aura. De plus, il faut attendre de s’assurer qu’il s’agit bien d’une migraine et non pas d’un autre type de maux de tête comme les céphalées de tension.

Le traitement de crise pour soulager la douleur

On distinguera les médicaments non spécifiques de la crise migraineuse (les antalgiques et les anti-inflammatoires) des médicaments spécifiques ou triptans.

  • Les anti-inflammatoires non stéroidiens (AINS) comme l’ibuprofène ou le kétoprofène sont des médicaments qui vont soulager la douleur. Il existe de nombreux anti-inflammatoires qui sont, pour certains, en vente libre. Il faudra parfois en tester plusieurs avant de trouver celui qui convient à un patient en particulier.
  • L’ aspirine en monothérapie ou associée à la caféine ou au métoclopramide (contre les vomissements)
  • Le paracétamol, couramment utilisé, bien qu’il n’ait pas l’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans cette indication. Il est (trop) souvent employé en automédication seul ou en association avec de la caféine pour son effet vasoconstricteur. On le retrouve souvent incriminé dans les migraines par abus médicamenteux.
Ces médicaments ne sont pas dénués d’effets secondaires et c’est pourquoi il est important que le médecin puisse en évaluer régulièrement la consommation et l’efficacité. Pour cela, il faut noter les réponses aux 4 questions suivantes, sur les 5 dernières crises :
  • êtes-vous soulagés 2h après la prise ?
  • ce médicament est-il bien toléré ?
  • êtes-vous soulagé avec une seule prise ?
  • pouvez-vous reprendre rapidement vos activités ?
Si le patient répond par l’affirmative aux 4 questions, il n’y a pas lieu de modifier son traitement de migraine. S’il répond non, à au moins une des interrogations, le médicament est considéré comme pas suffisamment efficace et il faut lui proposer une autre alternative.

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Les triptans

Ce sont les seuls médicaments spécifiques ayant apporté la preuve de leur efficacité dans la prise en charge de la crise de migraine. Ils agissent en « resserrant » les vaisseaux (effet vasoconstricteur) autour des neurones donc en soulageant la pression et l’inflammation exercées sur ces derniers.

Les molécules appartenant à cette classe thérapeutique sont nombreuses : almotriptan, eletriptan, sumatriptan, zolmitriptan, naratriptan, etc… La différence d’efficacité et de tolérance entre les triptans sont minimes. En pratique, il faudra essayer un triptan sur au moins 3 crises avant de conclure à son inefficacité. Dans ce cas, il faudra essayer un autre triptan, la réponse au traitement étant totalement individuelle.

Certains de ces médicaments existent sous forme lyoc c'est-à-dire à laisser fondre sous la langue. Si cette présentation est intéressante en cas de vomissements, leur effet vasoconstricteur va aussi s’exercer au niveau des capillaires sanguins de la bouche et ainsi retarder leur absorption dans l’organisme.

Le sumatriptan peut être également associé au naproxène, un anti-inflammatoire, dans ce cas l’efficacité du traitement est plus importante que chacun des 2 pris individuellement.

En cas de migraine avec aura, les recommandations sont de prendre un AINS durant cette phase pour limiter l’intensité de la crise ultérieure et de prendre le triptan dès le début des douleurs.

Les dérivés de l’ergot de seigle

Il s’agit du tartrate d’ergotamine associée à la caféine (par voie orale) et de la dihydroergotamine par voie nasale ou injectable. Ces médicaments, sur prescription obligatoire, comportent de nombreux effets indésirables. Pour cette raison, ils ne seront proposés qu’en dernière intention et en cas d’échec des autres alternatives thérapeutiques pour soulager la crise.

Le traitement de fond pour réduire les crises migraineuses

L’instauration de ce traitement doit se faire en fonction de la durée, de la fréquence et de l’intensité des crises ainsi que de leur retentissement sur la vie personnelle et professionnelle du patient. Le traitement de fond doit être proposé dès lors que le malade consomme au moins 2 jours par semaine et durant au moins 3 mois un médicament pour soulager ses migraines. Il a pour but d’améliorer son confort et de diminuer le risque d’abus médicamenteux.

Il faut bien expliquer au patient que ces médicaments n’ont pas vocation à faire disparaître une migraine d’un coup de baguette magique. Ils visent à réduire le nombre et l’intensité des crises de migraine. Le traitement de fond devra être suivi pendant 6 mois avec la tenue en parallèle d’un agenda des crises pour juger de façon objective de son efficacité ou non.

Les molécules utilisées dans cette indication sont, en première intention, les bêtabloquants dont le métoprolol et le propranolol. Ils seront débutés en monothérapie à faible dose puis en augmentant progressivement.
Du fait de la composante électrique de la migraine, des médicaments utilisés initialement dans l’épilepsie comme l’acide valproïque peuvent être intéressants chez certains patients tout comme les antidépresseurs imipraminiques.

Dans les migraines cataméniales, les patchs d’estradiol ou un contraceptif en continu pour éviter les variations hormonales sont des solutions à proposer aux patientes.

Autres approches pour soulager une migraine

Les techniques de relaxation, le yoga ou les thérapies cognitives et comportementales de la gestion du stress ont montré leur intérêt dans la gestion des crises et leur vécu. En revanche, l’acupuncture, l’homéopathie ou l’ostéopathie n’ont pas apporté de preuves scientifiques de l’amélioration de la migraine.

La phytothérapie

La grande camomille ou partenelle est traditionnellement utilisée comme traitement de fond de la migraine pour diminuer le nombre et l’intensité des crises. Cette propriété serait due à la présence de parthénolide dans la plante séchée et utilisée en tisane ou en gélules. Elle aurait également un effet anti-inflammatoire intéressant pour soulager les douleurs.

Le saule, tout comme la reine des prés, contient de l’aspirine c’est pourquoi il peut avoir une place intéressante dans la prise en charge des douleurs migraineuses. De même, on conseille souvent de manger des amandes, car elles contiennent de la saliciline, un dérivé de l’aspirine.

Le gingembre est souvent évoqué pour soulager les maux de tête, cela est dû à son action anti-inflammatoire. Comme par ailleurs, son efficacité pour soulager les nausées est reconnue par l’OMS, il présente un double intérêt pour soulager les symptômes de la migraine.

La menthe poivrée, utilisée en tisane, a une action digestive qui soulage les troubles associés à la crise de migraine. Sous forme de macaron de menthol, en massage des tempes, elle a un effet vasoconstricteur puissant qui soulage rapidement les douleurs.


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Les huiles essentielles pour soulager la migraine

La plus connue est sans doute l’huile de menthe poivrée qu’on utilisera pure à raison d’une goutte en massage des tempes (loin des yeux) pour son effet froid (vasoconstriction) immédiat. Le menthol qu’elle contient va agir sur les récepteurs de la douleur en les inhibant. On peut également l’utiliser en mélange dans une huile végétale avec de l’huile essentielle de Lavande vraie, de Basilic et de camomille romaine.

La lavande vraie va exercer son action antalgique en synergie avec la menthe poivrée. De plus, elle agit sur les vaisseaux sanguins et son effet relaxant et calmant va aider à la gestion du stress pendant et avant la crise migraineuse.

L’huile essentielle de Basilic est un antispasmodique qui va diminuer la contraction des vaisseaux sanguins. Elle a des propriétés anti-nociceptives c'est-à-dire qu’elle va inhiber la sensation de douleur. Elle va ainsi renforcer l’action de la lavande.

L’huile essentielle de camomille romaine est connue pour son action anti-inflammatoire mais elle possède aussi des effets antalgiques puissants en agissant directement sur les récepteurs opioïdes et morphiniques du cerveau. Elle est également calmante et favorise le sommeil qui est souvent salvateur dans la migraine.


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L’application de froid avec un masque oculaire ou simplement un linge humide, le massage des tempes, la mise au repos dans une pièce silencieuse et sombre sont autant de techniques connexes au traitement de la crise qui pourront soulager les individus.

A retenir :

La migraine est une forme particulière de céphalées, car elle est unilatérale et pulsatile. Elle survient sous forme de crises entrecoupées de périodes de répit sans aucun symptôme. La douleur engendrée peut être intense et les signes qui l’accompagnent comme les nausées et les troubles visuels sont très invalidants pour les personnes migraineuses. Très largement répandue, elle est pourtant encore mal prise en charge faute de consultation des malades souvent résignés. Pourtant des solutions efficaces existent tant pour soulager les crises que pour diminuer leur fréquence. Des alternatives plus naturelles permettent également d’espacer ou de réduire la prise de médicaments.