La dépression post partum

  • Par Myriam Gorzkowski, mis à jour le 18/05/2022 à 14h05, publié le 28/04/2022 à 16h04
  • Temps de lecture : ~ 0 minutes
La dépression post partum
À en croire les magazines, la télévision, tel un super héros, la femme est à l'image d'une héroïne dotée d'une cape, capable de tout faire parfaitement même après avoir accouché ! Le dogme, la culture de la perfection, la société, les blogs, les réseaux sociaux ou encore les stars, rentrant dans leur joli skinny taille 34, sans bourrelet ni vergeture ayant le sourire Bright, débordant de bonheur et une maison rangée ! Cela n’est pas la réalité. La femme porte beaucoup sur ses épaules et davantage lorsqu’elle devient mère. La dépression post partum est un phénomène très fréquent se manifestant dans les jours qui suivent l’accouchement et pouvant même apparaître au cours de la première année suivant la naissance. Mais quelles sont les causes physiologiques et les facteurs pouvant la déclencher ? Pharma GDD vous explique ce qu’est le baby blues, et apporte des solutions pour l’éviter ou l’atténuer.

Qu’est-ce que la dépression post partum ? 

La dépression post partum est à dissocier du baby blues par sa durée et son intensité en termes de mal-être. Le baby blues correspond à la chute brutale des hormones, survenant dans les premiers jours après l'accouchement. Ce phénomène se résout en général en quelques jours. La dépression post partum ou postnatale est une dépression qui apparaît après l'accouchement et pouvant se manifester à tout moment pendant l'année qui suit la naissance de l'enfant. C’est un état émotionnel installé et non transitoire.

Quels sont les symptômes de la dépression post partum ?

Il est normal de ressentir un chamboulement à la suite de l'accouchement et disparaissant dans les soixante-douze heures. Lorsque ce mal-être se prolonge au-delà de 15 jours, on parle de dépression post partum considérée comme un trouble dépressif modéré qui touche 10 à 15% des mères. La pression de la société et le rôle idéalisé de mère conduit régulièrement les femmes à taire ce mal-être faussant les chiffres. Le taux de dépression postnatale est en général plus élevé trois mois après l'accouchement et diminue graduellement. Cependant, le nombre de mères présentant des symptômes dépressifs sans souffrir de dépression postnatale atteint les 41% pendant la période de 3 à 6 mois après l'accouchement. Certaines femmes ressentent cet état dès la grossesse et pendant la première année après l'accouchement

Les symptômes de la dépression post partum sont similaires à une dépression classique :
Lors de la dépression post partum, la femme ressent une morosité, voire une profonde tristesse et connaît des pleurs inexpliqués. Elle se sent épuisée et rencontre des problèmes de sommeil malgré cette fatigue. Elle est sujette aux troubles de la concentration, de la mémoire et de l'alimentation. Elle a tendance à s'isoler, se désintéresse des activités aimées et pratiquées auparavant. Elle ne prend pas de plaisir à s'occuper de son enfant, est irritable et tout cela va engendrer un sentiment de forte culpabilité et de dévalorisation excessive. La jeune mère a l’impression d'être un mauvais parent et éprouve des difficultés à établir un lien avec son bébé. À cela s’ajoute la sensation d’être tétanisée lorsque le bébé pleure, la peur de mal faire, de lui faire mal, de ne pas comprendre ce qu'il a. La culpabilité, la honte, la peur d’être jugée, d’être vue comme une mauvaise mère va accentuer le phénomène. Cette détresse peut mener à des idées suicidaires.  
Certaines femmes vont à l'inverse être hyperactives, euphoriques, se devant de tenir une maison propre, bien rangée, de préparer les repas de toute la famille, d'être fraîche et dispo, et ne pas rester en pyjama ou en jogging la journée, mais ne ressentent aucun plaisir à faire tout cela. 

Le rôle des hormones dans la dépression post partum

Dans les jours qui suivent l'accouchement, une baisse brutale du taux d'hormones comme les œstrogènes et la progestérone bouleverse considérablement la femme. À cela s'ajoute la fatigue et la prise de conscience du rythme imposé par le nouveau-né. Ce chamboulement émotionnel et physique aurait un impact sur l'apparition de troubles psychologiques chez la jeune maman. 

Les œstrogènes

L'œstrogène est une hormone qui est à la base du développement des organes sexuels comme les seins et les parties génitales. Les œstrogènes jouent un rôle primordial quant à la régulation du cycle menstruel, au désir sexuel, au métabolisme de la régénérescence osseuse ou encore à l'hydratation de la peau. Au cours de la grossesse, les taux d'œstrogènes peuvent être 100 fois plus élevés par rapport au seuil normal. Les œstrogènes jouent un rôle positif sur l'humeur, la cognition et le comportement. Des études ont pu prouver que ces hormones atténuent la gravité des symptômes. Des traitements à base d'œstrogènes peuvent être administrés aux femmes souffrant de dépression post partum. 

La progestérone

La progestérone joue un rôle important dans le développement fœtal et prépare les seins à l'allaitement. La progestérone entre également en jeu. Un composant intermédiaire de cette hormone nommé alloprégnanolone module l'activité des récepteurs GABA au niveau des neurones, permettant de remédier aux déséquilibres associés à l'anxiété. Il est reconnu que l'alloprégnanolone exerce un effet antidépresseur, pouvant éviter ou traiter la dépression post partum. 

L'ocytocine

L'ocytocine est l'hormone qui provoque les contractions lors de l'accouchement, favorisant l'expulsion du fœtus et du placenta et assurant la reprise normale de la forme de l'utérus. L'ocytocine, également appelée l'hormone de l'amour serait impliquée dans la régulation de « l’instinct maternel » et aurait, de ce fait, une influence sur la dépression post partum. L'ocytocine est une hormone qui augmente durant la période péri-partum et jouant un rôle très important dans l'interaction mère-enfant. Elle régule les émotions, les interactions sociales et le stress.

La prolactine

La prolactine intervient dans la reproduction, la croissance, le comportement et l'immunité. La prolactine est présente en faible quantité en dehors de la grossesse. Son taux varie selon différents facteurs physiologiques. Elle augmente chez la femme enceinte et dans les semaines qui suivent en cas d'allaitement. En effet, la prolactine joue un rôle dans la galactogénèse en assurant la synthèse des constituants du lait et intervient aussi dans le comportement de la mère. Son effet mammotrope apporte bien entendu un effet lactogène, stimulant la production de lait, mais influe également sur la libido et le désir sexuel. Elle participe à l'équilibre libidinal en association des œstrogènes, de la progestérone et de la testostérone, les autres hormones sexuelles. Une baisse du niveau de prolactine influe également sur la dépression post partum.

Facteurs favorisant la dépression post partum

La fatigue et le manque de sommeil vont engendrer davantage de risques de faire une dépression post partum. Une grossesse et un accouchement difficile, laissant des traumatismes, tant physiques que psychologiques, peuvent aussi induire d'importantes difficultés à créer un lien mère-enfant. 
La modification du corps comme la cellulite, la fermeté de la poitrine, les vergetures pendant et après la grossesse peut aussi favoriser cet état émotionnel. En effet, la mère doit apprendre à réhabiter son corps seule, sans sentir son bébé bouger dans son ventre bien qu’il soit près d’elle. C’est une forme de deuil à faire. De nombreuses mères ont le sentiment qu’il ne peut rien arriver à leur bébé lorsqu’il est dans leur ventre, comme un bouclier de sécurité.  
Un bébé qui pleure beaucoup, qui dort peu, s’alimente avec difficulté tout comme un enfant né prématurément, ou présentant une malformation ou une pathologie, aggrave considérablement ce risque de dépression post partum. 
Le manque de soutien est un facteur important de dépression. Une femme aidée et entourée par son partenaire, sa famille et ses amis, présente moins de risque de subir cette dépression. Lorsque le compagnon ne s'implique guère dans les soins de l'enfant ou exige que la mère continue à accomplir les mêmes tâches au quotidien qu'avant la naissance, cela augmente le risque de dépression post partum.
La culture de la mère parfaite est un des facteurs pouvant provoquer une dépression du post partum. De nombreuses études ont démontré que beaucoup de femmes occidentales souffrent de la dépression post partum alors que dans d'autres cultures, ce phénomène est inexistant. Cela serait dû au temps de repos de la mère qui est respecté et aménagé ainsi qu’au soutien de son entourage. 

Quelles sont les solutions face à la dépression du post partum ? 

De retour à la maison, si à la fatigue et aux vagues émotionnelles que la femme rencontre s’ajoutent une lassitude, un manque d'entrain paraissant anormal, il sera fortement conseillé d'en parler à son médecin traitant ou à la sage femme qui effectue le suivi. Il est possible de bénéficier de 2 séances de suivi postnatal qui sont prises en charge par l'assurance maladie. Il sera également conseillé d’en parler à son partenaire et d’effectuer un suivi par un psychologue ou avec la PMI (Protection Maternelle et Infantile). Il est important de se préserver et de s'entourer des parents et amis qui sauront être à l’écoute, apporter une aide, en s'occupant du bébé, en effectuant quelques tâches ménagères et vous laisser vous reposer.
Une alimentation saine et équilibrée, du repos vont aider à réduire les risques ou les symptômes de la dépression post partum. 

Compléments alimentaires post partum

Après une grossesse et un accouchement, le corps est épuisé physiquement et émotionnellement. Le rythme entre les biberons et la charge de taches qu'une femme s'impose, sans compter une alimentation sur le pouce nécessitent une aide en termes de nutriments et de vitamines. 
Une supplémentation en zinc, en vitamine B9, en fer et en magnésium contribue au bon fonctionnement de l'organisme et à la réduction de la fatigue. 
La vitamine C, B2, B12 et PP aident à réduire la fatigue. La consommation de DHA (acide docohexaénoïque) par la mère contribue au développement normal du cerveau de l'enfant allaité. Le DHA faisant partie des acides gras polyinsaturés oméga-3 affecteraient les récepteurs et les neurotransmetteurs impliqués dans la dépression, ce qui conduit à penser que la consommation de DHA peut jouer un rôle dans le traitement et la prévention de la dépression du post partum.  

Le traitement médicamenteux de la dépression post partum

Il existe plusieurs degrés de dépression post partum. C’est pour cela qu’un suivi médical est frottement conseillé pour évaluer l’intensité des symptômes et ainsi orienter et traiter la patiente. Le traitement de la dépression du post partum peut se faire à l'aide des antidépresseurs et une psychothérapie. En présence d'anxiété importante, la patiente peut être traitée par anxiolytiques. En cas de psychose post partum, la patiente peut être hospitalisée, de préférence dans une unité surveillée qui lui permet de rester avec son nourrisson. Des médicaments antipsychotiques peuvent être nécessaires tout comme les antidépresseurs.

À retenir

Il est important d'être attentif et de se renseigner en amont auprès d'un professionnel de santé comme le gynécologue qui suit la grossesse pour savoir reconnaître les symptômes. Ainsi, il sera possible de prévenir ces troubles entrainant un mal-être important, pouvant être grave pour la mère, mais aussi pour le bébé et la vie familiale. Des solutions existent pour prévenir et traiter cette dépression bien significative de l’épuisement, de la charge mentale et du rôle de mère dans la société. 

Sources
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02169676/document
contact_support expand_less