Drépanocytose : comprendre l'anémie falciforme

Drépanocytose : comprendre l'anémie falciforme
La drépanocytose, appelée également anémie falciforme, est due à une anomalie génétique de l’hémoglobine qui va altérer les globules rouges impactant ainsi le transport de l'oxygène à travers l’organisme. Elle se manifeste par une anémie chronique, une sensibilité accrue aux infections, et peut entraîner un certain nombre de complications graves à l’origine d’épisodes douloureux très violents, la crise drépanocytaire.
Maladie génétique la plus répandue au monde, la drépanocytose touche particulièrement les populations d’origine antillaise, africaine ou méditerranéenne et nécessite une prise en charge précoce ainsi qu’un suivi médical régulier. Pharma GDD vous explique l’origine de cette maladie des globules rouges. Quels sont les traitements et comment la dépister ?


Qu’est-ce que la drépanocytose ?


La drépanocytose est une pathologie causée par une mutation génétique sur l’hémoglobine, le composant majeur des globules rouges, dont la fonction essentielle est de transporter l’oxygène à travers notre organisme. Cette hémoglobine anormale, dite hémoglobine S, va provoquer la déformation des globules rouges lorsque le taux d’oxygène sanguin baisse. On parle de globules rouges falciformes, car ils prennent un aspect concave, « en faucille », d’où le nom donné à cette maladie : drépanon (faucille en grec) et cytos (cellule en grec).
Ces hématies « malades » sont fragilisées et se détruisent plus rapidement. Leur durée de vie est d’environ 30 jours contre 120 jours pour une hématie normale, entraînant ainsi une anémie hémolytique chronique, ainsi qu’un risque infectieux plus important. Elles sont également plus rigides et vont engendrer des obstructions au niveau des microvaisseaux provoquant une mauvaise oxygénation des tissus, à l’origine de crises vaso-occlusives très douloureuses.

Initialement apparue en Inde et en Afrique, la drépanocytose est une maladie qui s’est répandue à travers le monde et qui toucherait environ 5 millions de personnes. Elle affecte préférentiellement les populations originaires d’Afrique, des Antilles et du pourtour méditerranéen. Elle représente la première cause de maladie génétique mondiale. En 2008 l’ONU l’a déclaré « priorité de santé publique ».

En France, la drépanocytose est également la maladie génétique la plus fréquente : on estime qu’un bébé sur 3000 naissances serait atteint, ce qui représente environ 400 nouveaux cas par an issus majoritairement des populations antillaises et africaines, principalement localisés dans les régions où elles sont les plus représentées (Île de France, Outre-Mer).

À noter : la drépanocytose protègerait du paludisme. En effet, les hématies malades sont moins susceptibles d’être infestées. C’est ce qui explique sa plus forte prévalence dans les pays plus exposés au paludisme.


Cause de drépanocytose et mode de transmission


La drépanocytose est due à une mutation génétique sur le chromosome 11 codant la bêta globuline, une des deux chaines composant l’hémoglobine. Ce gène « modifié » va être à l’origine de l’hémoglobine S, par opposition à l’hémoglobine A (normale).
La mutation de l’hémoglobine S concerne un seul acide aminé de la chaine Bêta. Cet unique changement modifie le comportement de l’hémoglobine, qui en s’agrégant déforme les globules rouges.
Cette anomalie chromosomique va alors se transmettre à la descendance.

La drépanocytose est une maladie génétique qui se transmet selon le mode autosomique récessive : pour développer la maladie il faut que les deux parents transmettent le gène malade. En effet, nous possédons tous deux copies de chaque gène, une issue de la mère et l’autre du père. La personne atteinte de drépanocytose possède donc les deux gènes altérés, on dit qu’elle est homozygote SS. Un individu porteur sain n’en possèdera qu’un, on dit alors qu’il est hétérozygote AS : il ne développera pas la maladie, mais sera susceptible de la transmettre.
Si deux individus sont des porteurs sains, ils ont 1 probabilité sur 4 de donner naissance à un enfant atteint de drépanocytose.


Symptômes de la drépanocytose


Les symptômes de la drépanocytose se caractérisent par des signes liés à l’anémie, des douleurs consécutives à l’obstruction des microvaisseaux, et des infections dues à l’altération progressive de la rate.
L’intensité et la gravité des manifestations sont très variables d’un individu à l’autre, mais également dans le temps chez une même personne. Ils ont cependant tendance à s’intensifier avec les années. Grâce à la présence de l’hémoglobine fœtale chez les nouveau-nés, les premiers symptômes de la maladie ne surviendront pas avant le troisième mois.

L’anémie falciforme

L’anémie est le signe le plus caractéristique et souvent celui qui révèle la maladie. Une anémie se définit comme un taux bas d’hémoglobines, il se situe entre 7 et 10 g/dl chez un drépanocytaire, contre 12 à 15 g/dl chez un individu sain. Elle est présente en permanence chez les drépanocytaires et est relativement bien tolérée. Elle se manifeste par une fatigue importante, une pâleur, un essoufflement à l’effort et l’apparition d’un ictère.
Cette anémie chronique peut s’aggraver brutalement consécutivement à une suractivité de la rate constamment sollicitée par la destruction des globules rouges, c’est la séquestration splénique. Elle se manifeste surtout chez les enfants par de violentes douleurs abdominales et une augmentation du volume de la rate.
Les crises aplasiques sont également une des complications possibles. Elles peuvent être consécutives à une infection par le parvovirus B9 ou un déficit en acide folique.

Les accès douloureux : la crise vaso-occlusive

Les douleurs occasionnées par la drépanocytose sont liées à un épisode vaso-occlusif. Il s’agit d’une complication très caractéristique de cette pathologie, redoutée par les malades et leur entourage, car souvent imprévisible, et nécessitant une prise en charge urgente.

Ce sont des accès douloureux soudains extrêmement violents. Ils sont provoqués par l’agglutination des globules rouges qui vont alors empêcher la circulation sanguine et priver d’oxygène un organe engendrant ainsi les douleurs. Cette crise vaso-occlusive peut toucher différentes parties du corps : abdomen, thorax, os, articulations, yeux, cerceau…

Ces crises vaso-occlusives peuvent se manifester sous forme aiguë, transitoire ou revêtir un caractère chronique. Chez l’enfant de moins de 2 ans, on retrouve par exemple le syndrome pied-main (dactylie), se manifestant par des gonflements douloureux. Lorsqu’il touche le thorax, ce phénomène provoque alors le syndrome thoracique aigu caractérisé par des difficultés respiratoires.

Les formes les plus sévères concernent les atteintes cérébrales à l’origine d’AVC très courant chez les enfants drépanocytaires pouvant laisser des séquelles motrices ou intellectuelles parfois graves.

La déshydratation, le froid, les variations thermiques, l’activité physique ou encore l’altitude (1500 m) ou le stress sont susceptibles de favoriser la survenue d’une crise vaso-occlusive, appelée crise drépanocytaire. Quand on est atteint de drépanocytose il est impératif d’éviter toutes ces situations.

Les infections

La susceptibilité aux infections est due aux dommages occasionnés par la maladie sur la rate, qui ne peut plus exercer correctement son rôle essentiel de défense immunitaire. Ainsi, les personnes atteintes de drépanocytose sont susceptibles de développer, parfois de façon très soudaine, de nombreux épisodes infectieux, comme une pneumonie, ostéomyélite, méningite, hépatite…. Avec une possible évolution vers une septicémie (infection généralisée).

Les autres complications chroniques

La drépanocytose touche tous les organes du corps. Au fil des années, les nombreuses atteintes tissulaires et vasculaires endommagent progressivement l’organisme. Les dommages ostéoarticulaires sont fréquents et peuvent conduire à une nécrose osseuse.
À la longue, la drépanocytose peut conduire à une insuffisance rénale, des troubles visuels, une atteinte cardiaque, une insuffisance hépatique, une ostéonécrose pouvant impacter la mobilité. Le priapisme (érection prolongée involontaire) est une complication fréquente de la drépanocytose.


Diagnostiquer la drépanocytose


Le diagnostic de la drépanocytose repose sur le frottis sanguin qui permet de déceler les hématies falciformes qui se repèrent aisément au microscope.
Une analyse de l’hémoglobine par électrophorèse est également réalisée afin de mettre en évidence l’hémoglobine HbS. Un test génétique permet de finaliser le diagnostic.


Traitement de la drépanocytose


La drépanocytose est une pathologie qui nécessite un suivi médical constant et régulier réalisé au sein de centres spécialisés. La prise en charge thérapeutique de la drépanocytose vise à corriger l’anémie, soulager les crises douloureuses et à prévenir les complications grâce à la mise en place précoce de traitements préventifs.

Traitement par l’hydoxyurée

L’hydroxyurée ou l’hydroxycarbamide est un médicament qui stimule la production de l’hémoglobine fœtale naturellement produite les trois premiers mois de vie du nouveau-né. Il s’agit du seul médicament préconisé en traitement de fond. Mis en place chez certaines personnes, il permet d’améliorer la situation en diminuant la fréquence des crises douloureuses et les hospitalisations.

La greffe de moelle osseuse

Le seul traitement curatif est la greffe de moelle osseuse qui permet d’introduire de nouvelles cellules souches qui pourront fabriquer des globules rouges sains. Faute de donneurs compatibles, elle est souvent réservée aux cas les plus graves.

La transfusion sanguine

En cas d’anémie grave, une transfusion sanguine peut être pratiquée afin de rétablir un taux raisonnable de globules rouges. Cependant, elle ne peut être pratiquée trop souvent en raison du risque d’allo-immunisation qu’elle induit (réaction immunitaire de rejet face au sang du donneur).

Soulager les crises douloureuses

Pour soulager les crises douloureuses, un traitement antalgique approprié est instauré. Il fait appel à différents médicaments en fonction de l’intensité des douleurs (du paracétamol aux dérivés opiacés).
Une oxygénothérapie peut également être envisagée pour compléter les traitements antalgiques.

Prévention des complications

Tout l’enjeu de la prise en charge de la drépanocytose est d’éviter les complications en les anticipant grâce à une démarche préventive incluant :

  • Un traitement antibiotique préventif mis en place dès le plus jeune âge et jusque l’adolescence pour éviter tout risque infectieux. Une supplémentation en acide folique est souvent nécessaire pour contrôler l’anémie.
  • Un programme vaccinal des enfants renforcé.
  • Une bonne hygiène de vie afin de limiter les infections, telle que le lavage soigné et régulier des mains, le brossage des dents…
  • Des précautions sont indispensables pour éviter tout facteur pouvant déclencher une crise vaso-occlusive, comme l’éviction des températures extrêmes, les séjours en altitude (1500 m) où l’air est plus pauvre en oxygène, ou les efforts physiques intenses. Une bonne hydratation quotidienne et un équilibre alimentaire sont également essentiels.

La surveillance médicale

Les personnes atteintes de drépanocytose bénéficient d’un suivi médical régulier mis en place dès la naissance grâce au dépistage précoce. Il est essentiel à la prise en charge de cette pathologie, tout comme l’éducation thérapeutique du malade et de son entourage.
Elle obéit à un protocole bien établi et inclut toute une batterie d’examens réalisés régulièrement tout au long de la vie, en particulier chez les enfants :

  • Bilans sanguins afin de surveiller l’anémie.
  • Examens visant à surveiller les dommages causés par la maladie au niveau des organes afin d’anticiper les éventuelles complications (scanner, IRM, échographie, doppler…).
  • Le rôle des parents et de l’entourage est essentiel. Cela implique une information sur la maladie, notamment sur les différents signes précurseurs des complications et des crises qui nécessitent une prise en charge urgente.


Vers de nouvelles pistes thérapeutiques

Maladie génétique très répandue dans le monde, la recherche internationale sur la drépanocytose est très active afin de trouver de nouvelles solutions thérapeutiques.
Certaines pistes ciblent la possibilité de faire produire par l’organisme malade de l’hémoglobine fœtale au détriment de l’hémoglobine S.
La thérapie génique, c’est-à-dire la possibilité « d’introduire » un gène sain de bêta-globuline au niveau des cellules souches des malades, constitue un véritable espoir pour guérir cette pathologie.


Dépistage de la drépanocytose

En France le dépistage néonatal est systématique au sein des populations considérées plus à risques. Il permet ainsi de déceler les malades afin de mettre en place un traitement préventif précoce et instaurer un suivi médical rigoureux. Il permet également d’identifier les porteurs sains, susceptibles de transmettre le gène malade.
Le test de Guthrie pratiqué au troisième jour de vie du nourrisson sur un prélèvement sanguin réalisé au talon du bébé permet de déceler 5 maladies rares, dont la drépanocytose. Ce test n’est pas obligatoire, mais doit être proposé aux familles à la naissance.
Un diagnostic prénatal peut également être proposé dans certaines conditions (couples porteurs sains).
Pour en savoir plus, vous pouvez vous rapprocher des associations :
SOS Globi
APIPD  
Maladies Rares Info Services au 01 56 53 81 36. (Appel non surtaxé).


Conclusion 

Maladie génétique héréditaire due à une anomalie de l’hémoglobine provoquant une altération morphologique des globules rouges, la drépanocytose se caractérise par une anémie chronique et un défaut d’oxygénation des tissus provoquant des crises vaso occlusives parfois très graves. La prise en charge de cette pathologie inclut un suivi médical régulier au sein d’établissements spécialisés, ainsi que la mise en place de traitements préventifs afin de limiter les complications. Si la drépanocytose ne bénéficie pas encore de traitements curatifs, les mesures de dépistage, le suivi thérapeutique adapté, la mise en place de traitements préventifs,ainsi qu' une plus grande connaissance de la maladie ont largement contribué à améliorer les conditions de vie des drépanocytaires. Première maladie génétique mondiale, la recherche scientifique est mobilisée dans de nombreux pays pour élaborer de nouvelles thérapies.