Prévenir et soigner les escarres

Prévenir et soigner les escarres
Selon la Haute Autorité de Santé, près de 300 000 personnes seraient confrontées aux escarres chaque année en France. Ces plaies cutanées chroniques se caractérisent par une destruction localisée de la peau et des tissus sous-cutanés. Douloureuses et difficiles à soigner et à cicatriser, les escarres peuvent entraîner des lésions irréversibles si elles ne font pas l’objet d’une prise en charge rapide et efficace. Elles sont fréquentes chez les personnes immobilisées et alitées pendant une durée prolongée, les personnes en fauteuil roulant et les personnes âgées qui présentent des difficultés de mobilité.

Les escarres peuvent apparaître et évoluer très rapidement. Lorsqu’elles ne sont pas identifiées et traitées dès les premiers signes, elles passent par différents stades qui peuvent conduire à une plaie allant jusqu’à l’os et nécessitant dans certains cas une intervention chirurgicale. Au-delà des traitements, la prévention est un élément indispensable pour éviter la formation de ces plaies.

Comment et pourquoi les escarres apparaissent-elles ?

Les escarres apparaissent sur la peau suite à une immobilisation prolongée, que ce soit en position assise ou allongée. Une escarre peut parfois être impressionnante et évoluer rapidement selon différents stades si elle n’est pas prise en charge dès les premiers signes.

Un mécanisme insidieux

Le mécanisme de formation des escarres est assez sournois car il se manifeste dans un premier temps en profondeur au niveau des vaisseaux sanguins et des tissus profonds. C’est la pression exercée sur les vaisseaux par une saillie osseuse et un support trop dur (lit, fauteuil) qui affecte une zone localisée et provoque la nécrose de la peau par l’intérieur.

Il peut s’écouler plusieurs jours avant que les premiers signes visibles d’une escarre se manifestent et atteignent les différentes couches de la peau. Dans certains cas, la personne immobilisée ne ressent pas de sensations douloureuses, ce qui retarde encore davantage le diagnostic de l’escarre et sa prise en charge.

Les vaisseaux sanguins mis à mal

L’apparition d’une escarre est la conséquence d’une pression importante et prolongée des vaisseaux sanguins pendant une période d’immobilisation mais peut aussi être causée par un cisaillement ou une friction répétés.

Ces trois phénomènes entraînent une baisse d’oxygénation, de vascularisation et d’irrigation sanguine sur la zone concernée. C’est ce que l’on appelle l’hypoxie tissulaire. Si elle n’est pas détectée par le personnel soignant ou l’entourage du patient, elle entraîne alors la destruction et la nécrose des tissus.

Il est n’est pas toujours facile de définir le niveau de pression qui va conduire à l’apparition d’une escarre. Il dépend en effet de plusieurs critères et varie selon les individus.

Les différents stades de l’escarre

Quatre stades sont distingués au cours de l’évolution d’une escarre. Différentes couches peuvent être touchées selon le degré de gravité de la lésion : l’épiderme, qui constitue la couche superficielle de la peau ; le derme, qui assure la protection du réseau vasculaire et des fibres nerveuses ; l’hypoderme, constitué de tissus adipeux traversés par les nerfs et les vaisseaux qui vont jusqu’au derme.

Le premier stade de l’escarre se caractérise par une rougeur à la surface de la peau sur une zone localisée. Contrairement à un érythème inflammatoire, cette rougeur ne blanchit pas lorsque l’on y presse le bout du doigt. Il s’agit d’un érythème persistant, parfois chaud et douloureux, dont la périphérie présente un œdème. Ce premier stade indique une atteinte de l’épiderme voire du derme.

Le deuxième stade de l’évolution de l’escarre est une désépidermisation c’est-à-dire une plaie superficielle de la peau semblable à une abrasion ou à une simple bulle présentant un fond recouvert de petits saignements et d’exsudat.

Une plaie plus profonde touchant l’épiderme, le derme et les tissus sous-cutanés apparaît lors du troisième stade. Une plaque de peau nécrosée se forme et témoigne de la dévitalisation définitive des tissus.

Le quatrième et dernier stade de l’escarre est un ulcère résultant de l’élimination de la nécrose qui s’est formée lors du stade précédent. La plaie peut être plus ou moins étendue selon sa localisation et atteindre le muscle voire l’os.

Une prise en charge et un traitement précoce de l’escarre dès le premier stade permet d’avoir de bonnes perspectives de guérison et de limiter les complications qui peuvent prendre la forme de douleurs lorsque la sensibilité cutanée n’est pas touchée, d’une surinfection de la plaie et des tissus proches ou encore d’une absence de cicatrisation nécessitant une intervention chirurgicale.

La localisation des escarres

Les escarres se forment dans la majorité des cas au niveau des points de pression et d’appui et des proéminences osseuses. La localisation des escarres dépend du positionnement du patient.

En position assise, ce sont les ischions (bas des fesses) qui sont touchés. Un patient couché sur le dos peut présenter des escarres sur le sacrum (haut des fesses), les talons ou l’arrière de la tête (surtout chez les enfants). Enfin, un couché latéral expose à un risque d’escarre sur les hanches ou les malléoles (cheville) mais aussi sur les genoux lorsque ceux-ci sont en contact.

Quels sont les facteurs favorisant les escarres ?

Plusieurs éléments peuvent favoriser l’apparition d’une escarre. Il est important de bien les connaître, tant pour les soignants que pour l’entourage des patients, afin de mener une prévention efficace.

L’immobilisation

L’immobilisation prolongée et excessive est le principal facteur de risque à l’origine des escarres. Une hospitalisation, une période d’alitement ou une immobilisation en fauteuil roulant sont des situations qui favorisent l’apparition des escarres et qui doivent donc être particulièrement surveillées. Les personnes âgées qui ne se déplacent plus et restent longtemps dans la même position sont également à risque, tout comme les personnes para ou tétraplégique.

L’immobilisation prolongée peut être évitée en effectuant des changements de position toutes les deux heures. Il faut également éviter les mauvais positionnements qui accentuent la pression, le cisaillement ou la friction de la peau. Parfois, l’absence de matériel anti-escarres explique aussi leur survenue.

L’humidité

Les escarres ont plus de risque d’apparaître en cas d’humidité excessive due par exemple à l’incontinence, la transpiration, les exsudats de plaies déjà présentes ou la fièvre. Un milieu trop humide peut en effet provoquer une macération de la peau et la rendre plus fragile, accentuant ainsi le risque d’escarre.

L’état général de l’organisme

Certaines affections et pathologies peuvent rendre des patients plus vulnérables que d’autres à l’apparition d’une escarre. Le diabète, l’hypertension, le tabagisme ou encore le vieillissement provoquent en effet une dégradation et une fragilisation des vaisseaux sanguins qui sont les premiers impliqués dans le développement d’une escarre.

La dénutrition, la déshydratation, la maigreur extrême ou le manque de protéines entraînent un affaiblissement des muscles qui impacte ensuite la peau et augmente le risque d’escarre.

L’absence de soins

Enfin, dans le cas des patients qui retournent à leur domicile après une intervention, l’absence de soins et d’accompagnement adaptés (kinésithérapie, rééducation) visant la reprise de leur autonomie et de la marche peut être un facteur favorisant l’apparition d’escarres. En effet, ces patients ne seront pas encouragés à se déplacer et auront tendance à rester longtemps dans la même position, ce qui constitue le facteur de risque principal.

Comment soigner les escarres ?

L’escarre est considérée comme l’une des plaies cutanées les plus difficiles à soigner. Souvent sources de douleurs pour les patients, la prise en charge et le traitement des escarres peuvent également être coûteux et nécessitent un suivi régulier pour éviter les récidives.

Premier stade : des mesures préventives

La prise en charge d’une escarre décelée au premier stade de son développement consiste en l’application de mesures préventives visant à réduire les zones de pression et à inspecter régulièrement la peau pour détecter rapidement les signes d’amélioration ou d’aggravation.

Deuxième et troisième stade : des soins locaux

Le traitement pour soigner les escarres de stade 2 et 3 se fait par des soins locaux. Dans un premier temps, il s’agit de nettoyer la plaie avec du sérum physiologique en tamponnant délicatement pour éviter des lésions supplémentaires aux alentours de l’escarre. L’utilisation des antiseptiques reste exceptionnelle sur ce type de plaie.

La deuxième phase du traitement local des escarres consiste au retrait des tissus nécrosés. Pour cela, il est recommandé d’utiliser une pommade à base de trypsine, une enzyme protéolytique qui va favoriser le décollement des nécroses sans fragiliser davantage les tissus lésés.

Après ces deux étapes, la cavité laissée par l’élimination de la peau nécrosée doit être comblée. Il est important d’utiliser des méthodes qui maintiennent un milieu humide pour favoriser une bonne cicatrisation de l’escarre. Il existe des formes spécifiques de pansements conçues spécialement pour répondre aux contraintes de localisation des escarres.

Les pansements de type tulle gras et hydrocolloïdes (sous forme de plaque ou de pâte) sont les plus utilisés, surtout en cas d’escarre peu exsudative. Pour une escarre exsudative, les pansements hydrocellulaires seront privilégiés. Les pansements et compresses à base de miel se développent également pour soigner les escarres et améliorer la cicatrisation.

Notre sélection de pansements :

Pour que l’escarre cicatrise correctement, il faut maintenir les mesures de prévention durant tout le processus de cicatrisation en favorisant de bons apports de protéines, éléments essentiels à la formation de nouveaux tissus. Une escarre cicatrisée reste toujours plus fragile qu’une peau saine, il faut donc être attentif et poursuivre les mesures préventives.

Quatrième stade : l’intervention chirurgicale

Chez certains patients, notamment les personnes âgées, l’escarre peut atteindre le stade 4 et ne pas parvenir à cicatriser. Dans ce cas, une intervention chirurgicale est nécessaire. Elle consiste à exciser autour de l’escarre pour retirer les tissus nécrosés puis à prélever sur le corps du patient un lambeau de muscle et de peau qui servira à combler la cavité provoquée par l’escarre. Cette intervention implique ensuite un suivi et des soins réguliers pour réduire les risques de récidive.

Comment prévenir les escarres ?

Pour éviter l’apparition des escarres, la prévention est une priorité et doit être assurée à la fois par le personnel soignant et par l’entourage de la personne immobilisée. Différentes mesures préventives peuvent être mises en place et contribuer à réduire les risques d’escarres.

Utiliser du matériel anti-escarres

La première étape de la prévention des escarres consiste à utiliser du matériel spécifique visant à limiter la pression, les frottements et l’effet de cisaillement à l’origine des lésions. Les entreprises spécialisées dans le matériel médical ont ainsi développé des matelas, sur-matelas et coussins anti-escarres en mousse, en gel ou à eau qui permettent de prévenir les escarres.


Notre sélection de matériel anti-escarres :

Varier les positions

Pour prévenir l’apparition des escarres, il est important de varier aussi souvent que possible les positions du patient pour faire varier les points de pression. Le matériel anti-escarres peut ainsi permettre de varier les positionnements et de soulager les zones à risque d’escarre.

Inspecter et masser régulièrement la peau

La surveillance régulière et minutieuse de la peau est également un élément essentiel de la prévention des escarres. Elle peut être effectuée aussi bien par les soignants que par la famille du patient et permet de déceler rapidement les premiers signes pour une prise en charge rapide. Il faut ainsi observer en premier lieu les différentes zones d’appui susceptibles de présenter une escarre et se montrer vigilant en cas de rougeur ou de sensation de douleur exprimée par le patient.

Les massages localisés par effleurage peuvent également permettre d’éviter les escarres en maintenant une bonne circulation sanguine. La mousse EscarProtect ou la crème protectrice Coloplast Conveen Protact peuvent être utilisées en complément de ces massages pour prévenir les escarres.

Surveiller les apports alimentaires

Enfin, la prévention des escarres passe également par la surveillance des apports alimentaires. En effet, la déshydratation et la dénutrition sont des éléments qui augmentent les risques d’escarres. Il faut donc veiller à ce que le patient immobilisé ait une hydratation et une nutrition adéquate. Dans certains cas, une complémentation peut être envisagée par le biais de préparations enrichies en protéines telles que les boissons Renutryl Booster.

Ce qu’il faut retenir

Très difficiles à soigner, les escarres sont des plaies cutanées courantes qui apparaissent sur les patients immobilisés pendant une longue période. Elles se développent sur les zones d’appui suite à une pression intense, des frottements ou des cisaillements de la peau et peuvent évoluer très rapidement si elles ne sont pas prises en charge dès les premiers stades. Le traitement des escarres pouvant être très long et douloureux, la prévention est indispensable pour éviter leur apparition.