Vous prenez une pilule contenant du désogestrel et avez reçu un courrier de l’ANSM ? Pas de panique : cela ne signifie pas que vous avez un méningiome ni que votre contraception doit être arrêtée. En septembre 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a lancé une campagne d’information auprès d’environ 1,6 million de femmes après la mise en évidence d’un risque très faible de méningiome associé à l’utilisation prolongée du désogestrel.

Cette nouvelle information de sécurité mérite néanmoins d’être comprise. Qu’est-ce que le désogestrel ? Quel est réellement le risque de méningiome ? Quelles contraceptions sont concernées et faut-il passer une IRM ? Voici ce que disent les données disponibles et les recommandations des autorités sanitaires.

Pourquoi l’ANSM alerte-t-elle sur les contraceptifs au désogestrel ?

Le désogestrel est un progestatif utilisé dans différentes contraceptions hormonales. Il peut être employé seul, notamment à la dose de 75 microgrammes dans les pilules progestatives, ou associé à un estrogène dans certaines pilules combinées.

Une vaste étude réalisée par EPI-PHARE, groupement réunissant l’ANSM et l’Assurance Maladie, s’est intéressée au risque de méningiome intracrânien chez les femmes utilisant des contraceptifs oraux à base de désogestrel ou de lévonorgestrel.

Les chercheurs ont analysé les données de 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien en France entre 2020 et 2023, comparées à 83 910 femmes témoins.

Les résultats ont montré une augmentation faible du risque de méningiome chez les utilisatrices de désogestrel 75 µg, principalement lors d’une utilisation prolongée. À l’inverse, cette étude n’a pas mis en évidence d’augmentation significative du risque avec le lévonorgestrel oral, seul ou associé à l’éthinylestradiol.

Ces données ont conduit l’ANSM à renforcer progressivement ses recommandations depuis fin 2024, puis les autorités européennes à modifier les informations accompagnant les contraceptifs concernés en 2026.

Quel est réellement le risque de méningiome avec le désogestrel ?

C’est le point essentiel pour interpréter correctement l’alerte : le risque reste très faible.

Dans l’étude EPI-PHARE, l’exposition en cours au désogestrel 75 µg était associée à une légère augmentation du risque de méningiome intracrânien nécessitant une intervention chirurgicale.

Le risque augmentait avec la durée d’utilisation :

  • il devenait plus marqué après plusieurs années de traitement ;
  • au-delà de 5 ans d’utilisation, le risque relatif était environ 1,7 fois plus élevé ;
  • au-delà de 7 ans, il était environ multiplié par 2.

L’âge intervient également. L’association était notamment retrouvée chez les femmes à partir de 45 ans.

Pour mieux comprendre ce que cela représente en valeur absolue, EPI-PHARE estime qu’en moyenne un cas de méningiome opéré est attribuable à l’exposition au désogestrel pour environ 67 000 utilisatrices. En cas d’exposition supérieure à 5 ans, l’estimation est d’environ un cas pour 17 000 femmes exposées.

Autrement dit, l’augmentation du risque existe, mais la très grande majorité des femmes utilisant du désogestrel ne développeront pas de méningiome. C’est précisément la raison pour laquelle l’ANSM parle d’un risque « très faible ».

Qu’est-ce qu’un méningiome ?

Un méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes entourant le cerveau et la moelle épinière.

La plupart des méningiomes sont bénins, c’est-à-dire non cancéreux, et leur croissance est généralement lente. Leur conséquence dépend cependant de leur taille et surtout de leur localisation : en se développant, certains peuvent comprimer des structures cérébrales et entraîner des symptômes neurologiques.

Le lien entre certains traitements progestatifs et le développement de méningiomes est étudié depuis plusieurs années. Un risque beaucoup plus important avait auparavant été identifié avec certains progestatifs à doses élevées, notamment l’acétate de cyprotérone, le nomégestrol ou la chlormadinone.

Le niveau de risque observé avec le désogestrel est nettement inférieur à celui qui avait été observé avec ces médicaments.

Quelles pilules au désogestrel sont concernées ?

Parmi les contraceptifs progestatifs contenant 75 µg de désogestrel seul, l’Assurance Maladie cite notamment :

  • Antigone ;
  • Cérazette ;
  • Elfasette ;
  • Optimizette ;
  • ainsi que les différents génériques de désogestrel 75 µg.

Certaines pilules combinées associent également du désogestrel à l’éthinylestradiol, notamment Desobel, Mercilon, Varnoline ou Varnoline Continu ainsi que leurs génériques.

L’étude française ayant quantifié le risque concernait directement le désogestrel seul à 75 µg. En juillet 2026, le comité de pharmacovigilance de l’Agence européenne des médicaments a cependant recommandé d’ajouter les nouvelles mises en garde concernant le méningiome aux médicaments contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel.

Pourquoi l’étonogestrel et l’implant Nexplanon sont-ils également concernés ?

L’étonogestrel est le métabolite actif du désogestrel : autrement dit, le désogestrel est transformé en étonogestrel dans l’organisme.

Pour cette raison, les autorités européennes considèrent les résultats sur le désogestrel comme cliniquement pertinents pour les contraceptifs contenant directement de l’étonogestrel.

Cela concerne notamment :

  • l’implant contraceptif Nexplanon ;
  • certains anneaux vaginaux contenant de l’étonogestrel et de l’éthinylestradiol, comme Nuvaring et Etoring ainsi que leurs génériques.

Cette extension de la mise en garde repose sur la proximité pharmacologique entre ces molécules. Elle ne signifie pas qu’une étude identique ait démontré exactement le même niveau de risque pour chaque forme contraceptive.

Pourquoi certaines femmes reçoivent-elles une lettre de l’ANSM en septembre 2026 ?

En septembre 2026, l’ANSM a décidé d’informer directement les femmes concernées.

Environ 1,6 million de femmes ayant bénéficié d’un remboursement de désogestrel 75 µg au cours des 12 mois précédents ont été identifiées par l’Assurance Maladie afin de recevoir cette information. Les professionnels de santé prescripteurs sont également informés.

Cette campagne fait suite à la décision prise en juillet 2026 au niveau européen d’intégrer officiellement le risque de méningiome aux informations des médicaments concernés.

Recevoir cette lettre ne signifie pas qu’un méningiome est suspecté ou diagnostiqué. L’objectif est d’informer les utilisatrices afin qu’elles puissent réévaluer leur contraception avec leur médecin ou leur sage-femme lorsque cela est nécessaire.

Faut-il arrêter sa pilule au désogestrel ?

Non, il ne faut pas arrêter sa contraception de sa propre initiative.

C’est l’un des principaux messages de l’ANSM.

Une interruption non anticipée de la contraception expose à une grossesse non désirée. Une femme utilisant actuellement du désogestrel et ne présentant aucun symptôme particulier n’a pas non plus besoin de demander une consultation médicale en urgence uniquement en raison de cette nouvelle information.

Le sujet peut être abordé lors de la prochaine consultation habituelle avec le médecin, le gynécologue ou la sage-femme.

La décision de poursuivre ou de changer de contraception doit tenir compte de plusieurs éléments :

  • l’âge ;
  • la durée d’utilisation ;
  • les antécédents médicaux ;
  • les contraceptions hormonales utilisées auparavant ;
  • les éventuelles contre-indications à d’autres méthodes ;
  • les préférences de la femme.

L’ANSM rappelle d’ailleurs que la contraception doit être réévaluée chaque année afin de vérifier qu’elle reste adaptée.

Pourquoi une vigilance particulière après 45 ans ?

Le risque de méningiome augmente naturellement avec l’âge et l’étude EPI-PHARE a retrouvé une association plus nette avec le désogestrel chez les femmes à partir de 45 ans.

L’ANSM recommande donc après cet âge de réévaluer la pertinence du maintien d’une contraception, notamment lorsqu’elle contient du désogestrel.

Cela ne signifie pas qu’il faille systématiquement remplacer le désogestrel par une pilule combinée. L’Assurance Maladie rappelle que les contraceptions associant estrogène et progestatif présentent elles-mêmes des risques cardiovasculaires et thromboemboliques dont l’importance augmente notamment avec l’âge.

Le choix doit donc être individualisé, plutôt que de remplacer automatiquement une contraception par une autre.

Faut-il passer une IRM lorsqu’on prend du désogestrel ?

Une IRM cérébrale systématique n’est pas recommandée à toutes les utilisatrices.

Compte tenu du niveau de risque très faible, l’ANSM réserve notamment l’IRM à certaines situations. Elle peut être indiquée :

  • lorsque des symptômes peuvent évoquer un méningiome ;
  • avant de commencer une contraception au désogestrel chez une femme ayant auparavant été exposée pendant plus d’un an à un ou plusieurs progestatifs connus pour augmenter le risque de méningiome.

Une femme prenant du désogestrel depuis plusieurs années mais ne présentant aucun signe particulier n’a donc pas automatiquement besoin de réaliser une IRM.

Quels symptômes doivent amener à consulter ?

Un méningiome peut rester longtemps asymptomatique. Lorsqu’il entraîne des manifestations, celles-ci varient selon sa localisation.

L’ANSM recommande notamment de consulter en présence de symptômes tels que :

  • des maux de tête persistants ou qui s’aggravent ;
  • des troubles de la vision ;
  • une diminution de l’audition ou des acouphènes ;
  • une perte de l’odorat ;
  • des troubles de la mémoire ;
  • des troubles du langage ou de l’équilibre ;
  • une faiblesse d’un bras ou d’une jambe ;
  • des convulsions ou l’apparition ou l’aggravation d’une épilepsie.

Ces symptômes peuvent avoir de nombreuses autres causes et leur présence ne signifie pas nécessairement qu’il existe un méningiome. Ils justifient toutefois un avis médical permettant d’en rechercher l’origine.

Peut-on prendre du désogestrel après un méningiome ?

Les recommandations européennes ont été renforcées sur ce point en juillet 2026.

Les contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel sont désormais contre-indiqués chez les personnes présentant un méningiome ou ayant un antécédent de méningiome.

Si un méningiome est découvert pendant le traitement, le contraceptif concerné doit être arrêté sous contrôle médical et une autre stratégie contraceptive doit être envisagée.

Il est donc important de signaler au prescripteur tout antécédent personnel de méningiome ainsi que les anciens traitements progestatifs utilisés.

Le risque diminue-t-il après l’arrêt du désogestrel ?

Les résultats d’EPI-PHARE apportent sur ce point une information plutôt rassurante.

Dans l’étude française, le sur-risque n’était plus observé un an après l’arrêt du désogestrel.

Cela ne signifie pas qu’il faut interrompre préventivement sa contraception. Cette donnée permet plutôt au médecin ou à la sage-femme de disposer d’un élément supplémentaire lorsqu’une modification de contraception est envisagée pour une femme présentant plusieurs facteurs de risque.

Désogestrel et méningiome : que faut-il retenir ?

Les nouvelles informations de l’ANSM ne remettent pas en cause l’efficacité contraceptive du désogestrel. Elles permettent surtout de mieux connaître un effet indésirable rare et d’adapter la contraception lorsque cela est nécessaire.

L’étude EPI-PHARE a identifié une faible augmentation du risque de méningiome avec l’utilisation prolongée du désogestrel 75 µg, particulièrement après plusieurs années et chez les femmes de plus de 45 ans. Mais en valeur absolue, ce risque reste très faible.

Le message des autorités sanitaires n’est donc pas d’abandonner brutalement le désogestrel. Il est plutôt de mieux informer les femmes, de rechercher les antécédents d’exposition aux autres progestatifs, de réévaluer régulièrement la contraception et de consulter en présence de symptômes inhabituels.

Si vous prenez une contraception à base de désogestrel, ne l’arrêtez pas seule. Profitez de votre prochaine consultation avec votre médecin, gynécologue ou sage-femme pour vérifier qu’elle reste la solution contraceptive la mieux adaptée à votre situation.

Sources

Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). « Contraception à base de désogestrel et risque de méningiome : questions-réponses », 10 septembre 2026.

Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). « Contraception à base de désogestrel et étonogestrel : les notices évoluent pour mieux informer sur le risque rare de méningiome », 11 août 2026.

Agence européenne des médicaments (EMA). « Meeting highlights from the Pharmacovigilance Risk Assessment Committee (PRAC), 6-9 July 2026 ».

EPI-PHARE. « Contraception orale progestative et risque de méningiome intracrânien », étude à partir du Système national des données de santé.

EPI-PHARE. « Désogestrel ou lévonorgestrel et risque de méningiome intracrânien », 13 juin 2025.

Assurance Maladie. « Pilules au désogestrel et risque de méningiome : les recommandations de l’Agence du médicament », 11 septembre 2026.

Assurance Maladie. « Contraception à base de désogestrel 75 µg : l’ANSM informe les prescripteurs et les patientes », 11 septembre 2026.