Le syndrome de l'intestin irritable : causes et traitements

Le syndrome de l'intestin irritable : causes et traitements
Les douleurs abdominales et les troubles du transit sont les deux grands signes du syndrome de l'intestin irritable, aussi appelé colopathie fonctionnelle. S'il est bénin et sans complications, il affecte considérablement la qualité de vie des personnes atteintes. Ces dernières n'ont pas toutes été prises au sérieux et leurs maux attribués à une cause psychologique. Certaines se sont tournées vers les régimes, notamment sans gluten, espérant trouver dans l'alimentation la cause de leurs souffrances. Aujourd'hui, le regard sur ce trouble intestinal a changé. La recherche progresse. Un large éventail de solutions permet de faire face aux symptômes et de soulager la douleur. Découvrez sur Pharma GDD les principales causes de l'intestin irritable, quel rôle peut jouer l'alimentation et surtout les traitements disponibles.

Qu'est-ce que le syndrome de l'intestin irritable ?

Il est aussi appelé "trouble fonctionnel intestinal" ou encore "colopathie fonctionnelle". Il s'agit du trouble intestinal le plus fréquemment rencontré dans la population. Il est bel et bien réel ; ce n'est pas une croyance, un phénomène purement psychologique. Il touche entre 10 et 15 % des Français. Les femmes sont plus atteintes que les hommes (on dénombre 2 à 3 femmes concernées pour 1 homme).
Si le syndrome de l'intestin irritable est bénin et ne met pas en danger la personne malade, il n'en est pas moins difficile à vivre. Il nuit à la qualité de vie et conduit à consulter le médecin et prendre des médicaments. C'est également une cause d'absentéisme.

Les symptômes de la colopathie fonctionnelle

Les trois principaux symptômes de l'intestin irritable sont la douleur, les ballonnements et les troubles du transit.
- La douleur : ce sont des spasmes ressentis au niveau de l'abdomen, souvent sur la zone de la fosse iliaque, particulièrement à gauche. Dans la majorité des cas, elle est intermittente : elle n'est pas présente la nuit mais apparaît au réveil ou après le repas. Elle disparaît lorsque la personne qui en souffre va à la selle ou émet des gaz. Elle augmente lors des phases de stress ou d'anxiété et diminue lors du repos ou des périodes de vacances.
Certaines personnes vivent cette douleur comme une brûlure présente en permanence, même la nuit, perturbant le sommeil.
- Le ballonnement intestinal : il provoque une gêne ainsi qu'une tension douloureuse pouvant durer longtemps. S'habiller avec des vêtements serrés devient désagréable.
- Les troubles du transit : dans un tiers des cas, les personnes atteintes par le syndrome de l'intestin irritable auront une constipation pendant au moins 25 % du temps. On parle de SII-C (Syndrome de l'Intestin Irritable - Constipation). Une proportion identique souffrira de diarrhée (SII-D). Lors de ces diarrhées, on observe parfois du mucus (des sécrétions visqueuses) dans les selles. Enfin, dans un tiers des cas, on observe une alternance de phases de diarrhée et de phases de constipation.

Les critères permettant de penser à un syndrome d'intestin irritable sont des douleurs abdominales présentes au moins une fois par semaine au cours des 3 derniers mois, en relation avec la défécation et accompagnées de troubles du transit modifiant la fréquence et/ou la consistance des selles.

Parfois, les personnes atteintes de colopathie fonctionnelle ressentiront également des douleurs musculaires, des maux de tête, un manque de vigueur et une envie d'aller uriner plus fréquemment que d'habitude.

Comment le médecin établit-il son diagnostic ?

Il n'existe pas pour l'instant de marqueurs associés à ce trouble. En d'autres termes, le médecin ne peut pas demander une prise de sang ou une sérologie, examiner les résultats et déclarer la présence d'une colopathie fonctionnelle. Il doit se fier à l'interrogatoire du patient et procéder par élimination pour ne pas confondre le syndrome de l'intestin irritable avec d'autres troubles. Les principales affections avec lesquelles une confusion est possible sont la maladie cœliaque, l'intolérance au lactose, le cancer colorectal ou ovarien, la diverticulite, la maladie inflammatoire chronique, la colite lymphocytaire, l'endométriose et la diarrhée induite par des bactéries ou des protozoaires. Le médecin devra donc procéder à des tests pour éliminer ces autres causes de problèmes intestinaux.

Intestin irrité : quelles sont les causes ? 

Les explications au syndrome de l'intestin irritable sont à rechercher dans plusieurs mécanismes et anomalies. C'est un phénomène aux causes multiples.

Un trouble de la motricité digestive

La mobilité au niveau de l'intestin grêle et du colon est modifiée. C'est ce qui expliquerait diarrhée et constipation. Ce trouble de la motricité (trouble moteur) entraîne également une rétention des gaz à l'origine des flatulences et des ballonnements. Mais ces troubles n'expliquent pas tout ; ils ne coïncident pas systématiquement avec les douleurs.

Une hypersensibilité viscérale

Lorsque notre abdomen se distend, nous ne le ressentons de façon douloureuse qu'au-delà d'une certaine limite. Une partie de la population a ce que l'on appelle une hypersensibilité viscérale : ces personnes souffrent même lors de distensions qui ne suscitent normalement pas d'inconfort.

Une flore intestinale perturbée

Nos intestins abritent des milliards de bactéries et autres micro-organismes. Cette flore est nommée "microbiote". Elle ne nous est pas hostile, au contraire. Elle assure plusieurs rôles bénéfiques pour l'organisme, dont la fermentation des résidus glucidiques, processus au cours duquel des gaz sont émis.
Des perturbations du microbiote seraient liées au syndrome de l'intestin irritable, entraînant notamment une trop grande émission de gaz. Et comme le microbiote a une action sur la motricité et sur la sensibilité, ces perturbations expliqueraient la colopathie fonctionnelle.

Le rôle des émotions

Le stress et l'anxiété sont liés au phénomène d'intestin irritable. Il y a communication et influence entre le tube digestif et le système nerveux central, diffusant l'état émotionnel aux intestins. Cette transmission influence les symptômes de la colopathie fonctionnelle et la réaction au traitement.

La trypsine-3

Il s'agit d'une protéase, d'un enzyme chargé de digérer les protéines. Cette protéase, chez les patients souffrant du syndrome de l'intestin irritable, se retrouve au niveau du côlon, où elle ne devrait pas être. Elle est produite par la muqueuse intestinale. C'est elle qui serait notamment responsable de l'hypersensibilité ressentie par certains patients. L'identification de cette protéase permet d'espérer la mise au point d'un traitement soulageant les maux causés par la colopathie fonctionnelle.

Quels traitements pour l'intestin irritable ? 

Il n'y a pas encore de traitement permettant de soigner l'intestin irritable. Il existe en revanche des solutions pour apaiser la douleur induite par le trouble intestinal.

Quel régime en cas d'intestin irritable ?

Beaucoup de personnes atteintes du syndrome de l'intestin irritable ont recherché dans l'alimentation la source de leurs maux. Certains ont pensé que leur syndrome de l'intestin irritable était dû à une allergie à un aliment. Mais les symptômes de l'allergie alimentaire sont très différents de ceux de la colopathie fonctionnelle. La réaction allergique survient dans les deux heures suivant la consommation de l'aliment. Certes, elle suscite aussi un gonflement, des douleurs au niveau de l’abdomen et une diarrhée, que l’on peut retrouver avec l’intestin irritable. Mais elle déclenche également des vomissements, des démangeaisons, un urticaire et une respiration sifflante, des symptômes que l'on ne retrouve pas dans la colopathie fonctionnelle.

Les signes du syndrome de l'intestin irritable ressemblent à ceux de la sensibilité au gluten non-coeliaque (SGNC). Pour différencier les deux, il suffit de suivre un régime sans gluten et de constater les résultats. Si les troubles disparaissent à l'arrêt du gluten et réapparaissent à sa réintroduction, il s'agissait bien d'une SGNC.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre fiche Intolérance au gluten : simple tendance ou vrai syndrome de société ?.

Le régime conseillé pour soulager les symptômes de l'intestin irritable est l'adoption d'une alimentation pauvre en FODMAPs. Elle fonctionne dans 75 % des cas. Les FODMAPs sont un acronyme désignant les glucides à chaîne courte et les -ol, des alcools particuliers. Ces FODMAPs modifient la mobilité dans l'intestin, ils sont mal absorbés au niveau de l'intestin grêle et ils sont très rapidement fermentés par les bactéries intestinales. FODMAPs signifie en français Fermentescibles, Oligo / Di / Mono-Saccharides et Polyols.

Lorsque l'on souffre d'un trouble intestinal fonctionnel, on doit supprimer les FODMAPs de son alimentation pendant 3 semaines à un mois, estimer si il y a eu une amélioration, puis de réintroduire un à un les aliments proscrits pour identifier ceux qui posent problèmes.
Voici les principaux aliments contenant des FODMAPs :
  • Fermentescibles : les crudités et choux ainsi que certains fromages),
  • Oligosaccharides : les légumineuses, l'oignon, l'ail, les artichauts, les poireaux, les légumes secs, les betteraves, les haricots...,
  • Disaccharides : le lait, les fromages frais ainsi que les fromages à tartiner,
  • Monosaccharides : le miel, certains fruits (pommes, melons, poires, pastèques, mangues), les sodas ainsi que les pâtisseries industrielles, sous la forme de sirop de glucose-fructose.
  • Polyols (sorbitol, maltilol, xylitol et mannitol) : édulcorants alimentaires, menthes, pommes, poires, champignons. 
Pour éviter tout déséquilibre alimentaire ou carence pendant l'arrêt des FODMAPs, il est conseillé de se faire aider par un spécialiste (médecin, diététicien ou nutritionniste).

Augmenter sa consommation de fibres est approprié pour réduire la constipation. Les fibres nourrissent le microbiote et régulent le transit. Elles sont de deux types : solubles et insolubles. Ces dernières ont la réputation d'aggraver les ballonnements. Là encore, avant de modifier son alimentation pour faire face au trouble intestinal fonctionnel, mieux vaut se faire conseiller par un spécialiste avant de suivre des régimes.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre fiche : Ballonnements intestinaux : prévention et traitement. 

Les médicaments en cas de syndrome d'intestin irritable

Plusieurs médicaments permettent de répondre aux symptômes de l'intestin irritable.
En première intention, le médecin prescrit généralement des antispasmodiques. Comme leur nom l'indique, ces médicaments ont pour but de lutter contre les spasmes. Ainsi, ils diminuent les douleurs qu'ils infligent. Ils sont classés en trois grandes catégories : les inhibiteurs calciques, les anti-muscarinique et les relaxants musculaires.
Les laxatifs sont indiqués pour les personnes souffrant de constipation, et les antidiarrhéiques, comme leur nom l'indique, pour celles souffrant de diarrhée.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre fiche Prévenir et traiter la constipation

Les argiles et pansements intestinaux sont traditionnellement utilisés en cas d'intestin irritable. Les argiles ont un pouvoir absorbant et vont recouvrir le tube digestif, diminuant les gaz et la diarrhée. Les pansements intestinaux disponibles sont le charbon actif et les produits à base de diméticone. Le premier est présenté comme un absorbeur des gaz et résidus présents dans les intestins, réduisant ainsi les ballonnements et les flatulences. Le second fusionne les bulles de gaz intestinaux, facilitant leur évacuation.


Notre sélection :

Si les antispasmodiques ont échoué à apaiser les douleurs, les antidépresseurs peuvent être prescrits en deuxième intention. Ici, les antidépresseurs ne sont pas utilisés aux doses ayant un effet sur la dépression. En d'autres termes, ils ne sont pas prescrits contre la dépression, mais ils sont efficaces contre certaines douleurs, dont celles que provoque l'hypersensibilité viscérale.
Certains traitements agissant contre les douleurs neuropathiques peuvent être, comme les antidépresseurs, également efficaces pour soulager les souffrances de la colopathie fonctionnelle.

Les probiotiques contre le syndrome d'intestin irritable

Une des pistes explorées pour soulager les personnes atteintes de trouble fonctionnel intestinal est l'utilisation de probiotiques. Ce sont des micro-organismes vivants bénéfiques pour la flore intestinale. L'idée est de corriger un éventuel déséquilibre du microbiote.
Ces probiotiques doivent être conditionnés pour parvenir vivants au niveau de l'intestin.
En cas de syndrome de l'intestin irritable, les deux souches efficaces selon les tests sont Lactobacillus plantarum 299V et Bifidobacterium infantis 35624.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter la fiche Tout savoir sur les probiotiques.

Le traitement par les plantes

Les plantes offrent des solutions naturelles contre les symptômes de l'intestin irritable.
  • En homéopathie, Chamomilla vulgaris, Colocynthis, Magnesia phosphorica et Dioscorea villosa sont les souches traditionnellement utilisées contre les douleurs. Bryonia alba et Nux vomica sont à prendre en cas de constipations, et China rubra et Carbo vegetalis en cas de diarrhée.
  • En phytothérapie, les plantes les plus réputées sont le psyllium et l'ispaghul. Leurs mucilages vont former un gel au contact de l'eau, créant un effet laxatif recommandé en cas de constipation. Autre végétal utilisé en cas de constipation : la gomme Karaya.
  • En aromathérapie, les huiles essentielles de menthe poivrée, de fenouil, d'anis vert, d'aneth, d'estragon et de basilic sont réputées pour leurs effets antispasmodiques. 
Les huiles essentielles d'anis vert, d'aneth, de fenouil, d'estragon et de basilic s'utilisent uniquement sur une courte durée, diluées dans une huile végétale et appliquées sur l'abdomen par massage.
L'huile essentielle de menthe poivrée s'utilise par voie orale, à raison de deux gouttes dans une infusion à la fin du repas.
En raison des contre-indications possibles de ces huiles essentielles, demandez conseil à votre pharmacien.


Notre sélection :

Autres thérapeutiques

Le fait de pratiquer une activité physique réduit l'intensité des symptômes du syndrome de l'intestin irritable, et apporte de multiples bienfaits.
La maladie affecte la psychologie de celui qui la subit ; il y a un lien entre stress et anxiété d'un côté et syndrome de l'intestin irritable de l'autre. Pour mieux gérer ces aspects, on peut bénéficier d'une psychothérapie, par exemple une TCC (thérapie cognitivo-comportementale), d'hypnose ou de techniques de relaxation.
Pour aller plus loin, consultez notre fiche Comment gérer son stress ?.

Pour partager sur la maladie ou avoir des conseils, vous pouvez vous tourner vers l'APSSII, Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable.


Aujourd'hui prise au sérieux, la colopathie fonctionnelle marque la vie de ceux qui la vivent, suscitant douleurs, ballonnements, troubles du transit. Les recherches progressent pour soulager les patients, et des médicaments et thérapeutiques naturelles sont disponibles pour réduire les symptômes de la maladie.